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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 09:30

De l'approfondissement et de l'originalité dans les films de super-héros.

 

 

  Sorti récemment, Ant-Man est venu clôturer la phase 2 du MCU. Pour les néophytes, le MCU, c'est le "Marvel Cinematic Universe" soit l'univers développé par les Studios Marvel dans plusieurs films cohérents entre eux. Le premier Avengers, succès total et mérité, concluait la construction de cet univers par la rencontre jubilatoire de tous ses protagonistes, et avec ceci ce qu'on a appelé la "Phase 1". Les six films proposés ensuite, d'Iron Man 3 à Ant-Man ont donc logiquement composé la "Phase 2". L'occasion pour ce blog amateur de super-héros de faire un petit point sur les différents films proposés dans ce second mouvement !

  Marvel promettait une phase 2 plus psychologique, ou en tout cas des personnages plus approfondis. Il faut avouer que c'est plutôt vrai : Iron Man est le sujet de crises d'angoisse depuis la grande bataille contre les Chitauris, Captain America cherche sa place dans un monde où le patriotisme est daté, et même les seconds rôles qui n'ont pas ou plus le droit à un film rien que pour eux, la Veuve Noire, Hulk, Nick Fury ou Oeil-de-Faucon, ont l'occasion d'avoir leur heure de gloire dans tel ou tel film.

  La phase 2 a aussi été l'occasion de nous surprendre. Deux films font clairement figure d'outsiders dans cette programmation, et ce ne sont clairement pas les plus mauvais. Certains films se distinguent en effet totalement du film classique de super-héros, et c'est ainsi que cette phase 2 nous propose un film d'espionnage, un space-opera délirant ou encore un film de braquage comique. Tout en continuant à développer son univers étendu et commun, de plus en plus riche.

  Il ne faut cependant pas se leurrer : tout n'est pas bon non-plus dans ces six films. Thor 2 est par exemple sans grand intérêt, et l'achat par Disney se ressent parfois dans des dialogues beaucoup moins percutants : je n'ai par exemple pas du tout retrouvé l'humour efficace des dialogues d'Avengers dans sa suite. J'ai en effet tendance à trouver que Disney joue vraiment sur l'humour qui a marqué le succès de la franchise Iron Man, mais avec des ficelles trop grosses et sans finesse. Autre problème : les méchants. Dans cette phase 2, ils sont quasiment sans profondeur, juste méchants pour être méchants (oui, "à la Disney", je sais...). Vous ne retrouverez pas la classe de Loki dans les personnages de cette phase 2 : Ronan, Malekith, Yellow Jacket, tous sont relativement semblables et font le mal pour faire le mal. Le seul à avoir une personnalité amusante et originale, c'est Ultron finalement. Je ne critique pas là le réalisateur d'Avengers 2, Joss Whedon, qui a la volonté louable de donner de l'humour à son film et de la personnalité à ses personnages, mais c'est amusant de constater que le méchant le plus humain dans cette phase est... le robot !

  De plus, si l'univers étendu et connecté est une vraie réussite, tout ne fonctionne pas totalement, et je reste totalement déçu par la fin d'Iron Man 3 qui ne colle pas du tout avec le retour du héros en armure dans Avengers 2. Enfin, Thanos et les joyaux de l'Infini commencent à se faire attendre, et les références qui nous enthousiasmaient dans les premiers films nous lassent un peu maintenant (cf la scène post-générique totalement sans intérêt après Avengers 2).

  Tout n'est pas bon donc, mais en même temps quand on compare avec la phase 1 et les parfois mauvais films qu'on y a vus (L'incroyable Hulk, ou Captain America : First Avenger qui n'a rien à voir avec sa suite !), on se dit que tous les films sont maintenant totalement visionnables sans honte et qu'on aurait tort de bouder notre plaisir !

 

 

Petit bilan des six films de cette phase 2 :

 

 - Iron Man 3 de Shane Black, avec Robert Downey Jr, Don Cheadle, Gwyneth Paltrow, Guy Pearce et Ben Kingsley (2013).

 

A priori le dernier film de la franchise Iron Man, qui a pour ambition de nous montrer ce que vaut Tony Stark sans son armure. C'est loin d'être mauvais, c'est toujours très drôle, Robert Downey Jr porte toujours la saga, son personnage et le succès de la franchise, et les personnages secondaires peuvent maintenant prendre une place confortable dans le film. Par rapport aux précédents films, les méchants sont un peu plus intéressants (c'est à mon sens la difficulté de cette franchise, car l'univers Iron Man est franchement chiant), avec une mention spéciale pour le Mandarin qui était inadaptable dans le semi-réalisme de la saga et qui a donc été adapté et transformé d'une façon audacieuse et plaisante. On peut seulement déplorer la fin du film, qui finit dans un "eh, les mecs, et si maintenant on faisait tout pêter ?" trop block-buster pour moi. En plus, tout cela est très mal relié au reste du Marvel Cinematic Universe et je ne comprends toujours pas comment cette fin peut mener au retour de Stark dans Avengers 2. Mais bon, il fallait du grand spectacle (et un solide résultat au box-office) pour démarrer cette deuxième phase, et c'était du tout bon avec ce super-héros.

 

 -  Thor, le monde des ténèbres de Alan Taylor, avec Chris Hemsworth, Nathalie Portman, Tom Hiddleston et Christopher Eccleston (2013).

Berk berk berk. Le film totalement dispensable de la phase 2 selon moi. Le but du film était d'approfondir l'univers de Thor avec le panthéon d'Asgard et la présentation d'une autre race de l'Arbre-Monde : les Elfes Noirs. L'intention est louable mais mal menée car peu de scénario et peu d'efforts de réalisation se joignent à elle. Ravi de voir Eccleston (notre bon vieux Docteur !) dans l'univers Marvel, j'ai été très déçu de le voir réduit au rôle du méchant-qui-sourit-pas-sans-aucune-personnalité. L'idée du multivers et des ouvertures entre les mondes était également alléchante mais finalement trop peu exploitée : l'enthousiasme de la canette lancée dans l'immeuble n'a été au final que peu utilisée dans les dernières scènes de combat. Reste la pierre d'infinité qui mènera au gant de l'Infini de Thanos, mais on se rend vite compte que ces pierres n'ont que peu de différences entre elles. Même Loki était facile à lire et peu drôle, c'est dire. Je soupçonne Marvel de ne plus trop savoir quoi faire de son grand blond bodybuildé (ça se sent carrément dans Avengers 2), et j'espère que le troisième opus, Ragnarok, saura amener une fin décente à cette franchise décevante.

 

 - Captain America : le soldat de l'hiver de Anthony et Joe Russo, avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Anthony Mackie, Sebastian Stan et Samuel L. Jackson (2014).

  Mon coup de coeur de la phase 2, comme je l'ai mentionné dans l'article associé. Comme j'en ai déjà parlé, je n'en parle pas beaucoup mais je signale juste qu'on a là un film qui se différencie totalement d'un film classique de super-héros : ici, nous sommes presque plus face à un film d'espionnage. Bien sûr il y a un ennemi final à affronter mais celui-ci est plus intéressant que le méchant facile à la Malekith... Le tout est très réussi et toute l'intrigue autour du SHIELD en fait le film le plus important de cette phase (primordial pour la série Marvel's Agents of Shield d'ailleurs), sans aucun point commun avec le premier film.

 

 - Les Gardiens de la galaxie de James Gunn avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista et Lee Pace (2014).

  Et voilà l'outsider de la série... Quand l'adaptation des Gardiens de la Galaxie a été annoncée, les fans n'y croyaient pas tant ils s'imaginaient que des personnages comme Rocket Racoon ou Groot n'auraient pas leur place entre Thor et Iron Man. Et pourtant les studios, assistés par le bon travail de réalisation, ont pris la bonne décision pour faire passer cela : l'humour pur et dur (en témoigne l'apparition d'Howard The Duck en surprise post-générique...). Vraiment pas un film de super-héros ici (même si la fin tend à décevoir en y ressemblant pourtant) mais plutôt un space-opera débridé et très fun. La sauce prend et le public ne s'y est pas trompé, permettant aux fans autrefois moqués parce qu'ils lisaient des livres avec un raton-laveur armé d'un bazooka (si si, j'en fais partie...) de passer maintenant pour des gens cool et éclairés.

  Le film a un rôle important dans l'univers Marvel puisqu'il est le premier à vraiment parler de Thanos et le premier à ne faire intervenir aucun Avenger. Ce n'est cependant pas mon préféré pour plusieurs raisons : le méchant Ronan perdant toute profondeur et devenant le bad guy standard, totalement interchangeable avec Malekith par exemple, la fin à grand coups d'effets mystiques auxquels on comprend rien pour illustrer (mal) le pouvoir de la pierre d'infinité, ou encore le pouvoir de l'amitié bien niais pourtant caricaturé précédemment dans le film... Mais bon, ne boudons pas notre plaisir : c'est un des films les plus audacieux de l'univers Marvel et en cela un des plus réussis.

 

 - Avengers : l'ère d'Ultron de Joss Whedon avec Robert Downey Jr, Mark Ruffalo, Chris Evans, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson et Jeremy Renner (2015).

  Le voilà, le tant attendu deuxième rassemblement de tous les héros costumés. La découverte étant passée, ce second opus étonne par un rythme beaucoup moins tendu et des passages lents chargés de développer la personnalité de quelques personnages. C'était indispensable pour pouvoir traiter tout ce petit monde sans ne mettre en lumière que les grosses pointures (Thor est d'ailleurs assez peu exploité dans ce film), et Whedon sait être confronté à une équipe dans sa narration, seulement certaines choses ne collent pas, notamment dans l'histoire d'amour qui se crée que je trouve totalement incohérente avec tout ce qui s'est passé avant.

   Le tout demeure du grand spectacle de qualité, époustouflant dans les scènes d'action et efficace dans sa narration et dans sa réalisation. De nouveaux éléments sont introduits (les jumeaux Maximoff, le Wakanda, la Vision) mais je crains un peu que cela fasse trop, surtout pour la Vision dont je n'aime guère le personnage.

  En somme, ce second volet est divertissant et agréable, mais ne bénéficie plus d'une phase entière d'introduction. L'histoire d'Ultron est même totalement anecdotique dans la phase 2 entière (la série Agents of SHIELD l'évoque à peine !) mais importante pour la relation de confiance entre les personnages. De plus, beaucoup ont trouvé la bataille finale trop proche de celle du premier film. Bref, on sent que le tout est seulement une transition vers le 3, beaucoup plus important et d'ailleurs coupé en deux parties...

 

 - Ant-Man de Peyton Reed avec Paul Rudd, Michael Douglas et Evangeline Lily (2015).

  Comme beaucoup, j'avais très peur par rapport à ce film. Le personnage n'a rien de charismatique, les studios Marvel hésitant entre la fin de la phase 2 et le début de la 3 pour ce film semblaient ne pas l'assumer vraiment, et les changements d'équipe à la réalisation ne rassuraient pas. Mais bon, après l'étonnant Gardiens de la Galaxie, il n'y avait pas de raison de ne pas faire confiance au MCU qui s'est rarement trompé pour l'instant.

  Et effectivement, ce film a la très bonne idée de ne pas prendre au sérieux son personnage et de ne pas vraiment faire un film de super-héros. Le personnage étant un voleur chargé de dérober une pièce précise, le film emprunte beaucoup plus au film de braquage comique à la Ocean Eleven qu'au film de super-héros. Ainsi, la réalisation en utilise les codes et le rythme s'y colle totalement. C'est la réussite de ce film, ça et le visuel spectaculaire des scènes d'action et des scènes de "petite taille" à la Micro-Machines. L'inventivité pour rendre vivant l'univers de ce personnage, et notamment les fourmis dressées par phéromones, souligne ces thèmes finalement assez communs dans la science-fiction. Et si l'on ajoute à cela la dérision, nous montrant à plusieurs reprises que les combats de petite taille semblent ridicules à notre échelle, le tout forme un cocktail explosif.

  Reste que tout n'est pas maîtrisé. Si le film semble se moquer des codes du film de super-héros, il en emprunte pourtant beaucoup de choses, dont un méchant beaucoup trop méchant pour être crédible, qui m'a personnellement rappelé le premier méchant d'Iron Man, assez daté et facile quand même... De plus, le rythme est lent et l'histoire prend trop de temps à se mettre en place, jusqu'à la première scène de petite taille, celle de la baignoire, qui réveille totalement le spectateur : dommage pour un film qui joue sur la parodie des codes cinématographiques. 

  On passe donc un bon moment de décalage, mais pas autant qu'avec les Gardiens, et le film est contre toute attente bien relié au MCU, et notamment à la fin d'Avengers 2. Conclure la phase 2 par lui n'était peut-être pas la meilleure idée du monde mais je comprends l'idée de montrer l'arrivée de nouveaux personnages.

 

 

  A voir maintenant si la phase 3 n'écoeurera pas les gens par son programme très chargé (10 films en 3 ans, dont un Avengers 3 en 2 parties, procédé que je n'apprécie guère !) et par l'effet de répétition.

 

Par Robert Mudas.

A lire aussi :

 - L'univers Marvel, c'est d'abord de la BD : Marvel Now et X-Factor.

 - L'univers Marvel en jeux de société : Legendary et Marvel Heroes.

Published by Robert Mudas - dans Cinéma
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 11:32

Super-héros, rassemblement !

(Oui, le sous-titre est pourri, mais la Sélection du dimanche a déjà proposé le seul vrai titre possible…)

 

Editions UPPER Deck

Un jeu de Devin Low

Illustré par des illustrateurs de comics non crédités (bouh, bouh, bouh)

2012

 

De 1 à 5 joueurs

1h environ

60-70 euros

 

 

  Legendary : A Marvel Deckbuilding Game est un jeu de deckbuilding, semi-coopératif, disponible en anglais seulement, et proposant de très nombreuses extensions. Cela fait beaucoup d’informations en même temps, et je vais donc essayer de reprendre point par point ces particularités !

  Déjà, qu’est-ce que c’est donc qu’un deckbuilding ? Le deckbuilding, popularisé notamment par le très bon Dominion, est un genre de jeux dans lequel tous les joueurs commencent avec les mêmes cartes, puis vont ajouter de nouvelles cartes plus puissantes à ce jeu en essayant de ne pas trop l’alourdir tout en le rendant plus fort. « Alourdir » ? Oui, car on joue à chaque tour un certain nombre de cartes, on les défausse toutes à la fin du tour et on en pioche de nouvelles. Ainsi, contrairement aux jeux classiques, on ne garde aucune carte d’un tour sur l’autre mais on fait au contraire tourner son jeu constamment : c’est le principe du deck. Il faut donc faire en sorte de se débarrasser des cartes faibles, et prêter attention aux cartes que l’on « achète » pour compléter notre deck afin qu’elles fonctionnent bien ensemble et permettent des combinaisons efficaces. C’est là l’aspect stratégique très intéressant de ce système puisque l’on construit littéralement son jeu et la partie verra s’il est efficace.

  Cette mécanique a déjà été utilisée dans de nombreux jeux dans différents univers, mais Legendary Marvel a le bon goût de l’adapter aux super-héros Marvel. Nos cartes de base sont des agents du SHIELD (pour ceux qui ne connaissent pas l’univers… je ne prendrai pas la peine d’expliquer, na !) proposant de faibles valeurs sur deux icônes : le recrutement, permettant de se procurer des cartes de super-héros plus puissantes, ou le combat permettant d’éliminant les vilains menaçant la ville. Cinq super-héros sont disponibles pour améliorer votre deck (parmi les 15 de la boîte de base) et chacun propose une stratégie différente qu’il va falloir efficacement combiner avec les autres. A la tête de ces vilains, un mastermind (quatre différents dans la boîte de base) avec une valeur de combat spécifique. Quand un joueur arrive à réunir en un tour cette valeur de combat, il peut attaquer ce gros vilain pas beau. Si cela arrive quatre fois, la partie est gagnée par les joueurs, et on fait le compte de tous les ennemis abattus par chacun (et des civils sauvés) ; celui qui a le plus de points gagne. La mécanique est très simple et explicable en 5 minutes, voire, comme le dit la règle, en un tour de jeu direct !

 

 

  C’est donc un coopératif compétitif qui est proposé ici, et c’est une expérience de jeu très intéressante, car les joueurs peuvent aussi tous perdre ensemble. Si le mastermind n’est pas vaincu dans les temps, c’est une défaite collective. De même, à chaque partie, un scénario sera proposé : le Scheme. Celui-ci instaure des règles particulières et des conditions de défaite précises. Ainsi, en fonction du scheme, du mastermind, des groupes de vilains présents, des super-héros disponibles, le jeu est différent, ce qui fait de chaque partie un moment unique. Niveau renouvellement, on peut difficilement faire mieux donc. En plus de cela, de nombreuses extensions (j’en parlerai en fin d’article) se sont ajoutées progressivement, enrichissant encore plus l’étendue de ce jeu. L’aspect à la fois compétitif et coopératif dépend du nombre de joueurs : très dur à 4 ou 5, le jeu demande vraiment de la concertation, alors qu’à 2 joueurs, on est dans de la compétition pure. Le jeu peut aussi se jouer seul, comme un défi solo à affronter.

  Je devine des intéressés qui se seraient arrêtés à la mention de la première phrase : « en anglais ». C’est ce qui m’a fait hésiter personnellement, car j’avais peur que mes joueurs soient rebutés, et je voulais attendre une version française… Mais j’ai eu beau attendre, rien ne s’est profilé à l’horizon (question de droits je suppose…) et rien n’est encore annoncé alors qu’une sixième extension arrive… J’ai donc craqué mais ce jeu légendaire s’est mérité car il a été très difficile de me procurer la boîte de base. Alternativement, celle-ci et les extensions sont en rupture chez les différents distributeurs français, et ce n’est donc parfois pas simple d’avoir ce très bon jeu dans sa ludothèque. Pour en revenir à l’anglais : rien de gênant, les textes sont très simples. La seule difficulté sera peut-être de lire et comprendre la règle mais il suffit d’un joueur bien pédagogue et le tour est joué. Le prix peut également en arrêter plus d’un : entre 60 et 70 euros pour un jeu de cartes, c’est fort ! Il faut penser qu’il y a sûrement derrière cela la question des droits Marvel et poser la tronche de Spiderman sur une couverture a clairement un prix.

  Au final, je ne regrette pas du tout l’achat tant le jeu a vite été rentabilisé (si tant est qu’un jeu puisse être rentabilisé). J’ai cependant été déçu par le matériel : les cartes sont sympathiques et les illustrations bien choisies, mais la boîte n’est pas du tout pratique pour ranger cette masse de cartes ! Un thermoformage à la Smash Up pour distinguer les familles de cartes aurait été bienvenu, surtout à ce prix. En somme, ce sera souvent au possesseur du jeu de construire son propre rangement (j’ai opté pour les séparateurs customisés personnellement) afin de rendre la mise en place et le rangement moins laborieux (car il faut avouer que cela peut prendre un certain temps !).

 

 

  Pour entrer davantage dans les détails, le jeu est également très appréciable pour son respect envers l’univers Marvel : Loki essaiera de semer le trouble dans l’équipe, Magnéto est l’ennemi attitré des X-Men, Spiderman fonctionne mal avec des grosses frappes mais très bien avec des petits super-héros, Malicia s’approprie les meilleurs pouvoirs des autres, Nick Fury s’appuie sur les agents du SHIELD, Wolverine régénère tandis que Cyclope est plus fort quand il fait des sacrifices, etc. Quant à Deadpool, il est totalement fou et ses stratégies sont idiotes mais peuvent fonctionner à merveille. C’est Deadpool, quoi... Les spécificités de chaque héros ont été choisies en fonction de leur personnage dans les comics et c’est souvent extrêmement bien vu. Bref, le jeu est bourré de clins d’œil pour qui saura les voir. Pour tout dire, les héros qui fonctionnent les mieux ensemble sont souvent ceux qu’on a déjà vus en équipe dans l’univers Marvel, ce qui est amusant.

 

 

Les extensions :

  Comme je le disais, une foultitude d’extensions vient encore étoffer ce jeu déjà riche. J’en possède trois personnellement, et il est vrai que les combinaisons possibles sont maintenant impressionnantes. Cependant, avec maintenant 42 héros dans ma boîte (!!!), les équipes sont parfois improbables. Difficile par exemple d’espérer une combinaison avec les Avengers sachant qu’ils ne sont que 6 parmi tous ces héros. Il peut donc parfois être intéressant de ne pas tirer au hasard les personnages à sélectionner mais plutôt de créer des scénarios : tous les Avengers contre Loki qui veut détruire l’héliporteur du SHIELD, des X-Men menés par Cable contre Sinistre qui veut enlever Hope, les Quatre Fantastiques et le Surfer d’Argent contre Galactus, etc. Un fan des comics peut facilement choisir lui-même le Scheme, le Mastermind, les Vilains et les Héros afin de recréer une histoire existante, et c’est, il faut l’avouer, très enthousiasmant à jouer… En général, le jeu est rendu plus difficile par les extensions, certaines familles de vilains étant particulièrement ardues à combattre.

  Petit point sur les 3 extensions que je possède, en passant sous silence celles que je n’ai pas (Les Gardiens de la Galaxie, permettant de jouer Rocket Racoon contre Thanos – ça fait rêver – ou encore Vilains qui retourne le jeu en nous faisant interpréter les méchants contre les super-héros) :

 

 

 

Dark City :

  Avec 17 nouveaux héros et 5 Masterminds, cette grosse boîte est plus riche que le jeu de base ! Elle propose quelques nouveautés bienvenues, comme la capacité Teleport, permettant de garder une carte pour le tour suivant, ou Versatile permettant de choisir entre recrutement et combat (Bribe ne m’a pour l’instant pas convaincu, par contre). C’est avec plaisir que Jean Grey, Punisher, Daredevil, Angel ou encore Ghost Rider partiront au combat contre des méchants ardus comme le Caïd, Mr Sinister, Méphisto lui-même ou encore Apocalypse !

  L’extension propose également une nouveauté bienvenue : de nouveaux civils (les Bystanders) particuliers qui offrent des pouvoirs quand on les sauve. De plus, le jeu de base tournait un peu en rond avec ses quatre familles de Henchmen Vilains, ces dix cartes identiques qui envahissent le deck vilain pour se faire la main. Avec deux nouvelles familles, le jeu acquiert de la richesse et du renouvellement. A noter également qu’à partir de cette extension, les super-héros bénéficient de quatre illustrations différentes, ce qui est plutôt agréable pour un jeu inspiré de comics…


 

Fantastic Four :

  Vous l’avez compris, la famille légendaire de Marvel et son pote le Surfeur d’Argent arrivent dans le jeu avec un nouveau pouvoir : le Focus, qui permet de dépenser des points de recrutement pour d’autres actions, idéal en fin de partie quand recruter n’est plus utile. Face à eux, des vilains très retors comme les Hérauts de Galactus et leur Cosmic Threat qui nous fera revoir toute notre stratégie et la Subterranea de l’Homme-Taupe et leur capacité Burrow fatigante. Galactus amène en mastermind des parties complexes et intenses, qui changent totalement le mode de jeu avec une nouvelle condition de défaite.

 

 

 

Paint the Town Red :

  Les connaisseurs du jeu se sont vite aperçus que le pauvre Spiderman de la boîte de base était trop isolé pour être efficace. Peu puissant en lui-même, il ne fonctionne qu’en combinaison avec des cartes faibles, trop rares dans les premiers héros. C’est chose réparée avec cette boîte aux couleurs de l’araignée. Si les héros choisis sortent un peu de derrière les fagots, les combinaisons proposées sont très enthousiasmantes, notamment grâce à la capacité Wall-Crawl qui permet de jouer au prochain tour les héros que nous venons d’acheter. Face à eux, Mysterio et Carnage donnent du fil à retordre, surtout ce dernier et la capacité Feast de ses vilains, qui tuent la première carte de notre deck (pas de bol si c’était une bonne carte)… L’extension propose donc de jouer sur la première carte de notre deck et il faut essayer dans ce jeu de toujours savoir ce qui arrive finalement. Comme le sixième sens de ces héros-araignées, oh que c’est subtil.

 

 

  Voilà pour ce tour d’horizon d’un jeu très riche et plaisant à jouer, peu connu en France bien que les spécialistes en parlent de plus en plus, et pourtant facilement accessible à tous. Un coup de cœur chez moi, et pour l’ensemble de mes joueurs : il n’est pas rare que deux ou trois parties s’enchaînent, même avec des joueurs peu réceptifs à l’univers Marvel.

 

Par Robert Mudas.

 

A lire aussi :

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 09:50

L'extraterrestre parmi nous.

 

Un roman de Matt Haig

Titre original : The Humans

Date de parution originale : 2013

 

 

  La question n'est pas nouvelle : que penserait un extraterrestre de notre civilisation s'il arrivait sur la Terre ? La question n'est pas nouvelle car le génial Voltaire l'avait déjà traitée dans Micromégas en 1757 pour critiquer l'anthropocentrisme obscurantiste des mauvais penseurs de son époque. En 2013, Matt Haig utilise cette fois-ci la forme du roman, et non du conte philosophique, en partant de la même idée de départ. Cette fois encore l'idée est de faire une critique des défauts de l'humanité mais aussi curieusement un éloge des belles choses que nous avons pour nous : la foi, la famille, l'amour, l'espoir, ou encore l'art pour ne citer qu'eux. Changer de point de vue (c'était l'idée de relativisme chère aux Lumières, on y revient !) permet de regarder les Humains sous un oeil différent et c'est vrai que ce roman peut nous amener à réfléchir tout en nous proposant une histoire intéressante, bien menée et plutôt bien écrite.

 

  Si j'ai lu ce livre, ce n'est pas par hasard. En effet, j'ai l'occasion d'être cette année concerné par le Prix Chimère, un prix décerné par les lycéens de France dans une sélection de cinq romans traitant les mondes de l'imaginaire (fantasy, science-fiction ou fantastique). C'est notamment là qu'on a pu entendre parler de Divergente ou Hunger Games... Loin de moi la volonté de dire que ce livre aurait dû cette année gagner le prix (c'est Kéléana l'assassineuse de Sarah J. Maas qui a gagné, et il n'est pas dénué de qualités). Cependant, le bilan final avec les lycéens lecteurs nous a montrés que c'était Humains qui avait le plus surpris et étonné les élèves, et entraîné également les réflexions les plus profondes.

 

 

  Le roman, écrit à la première personne, est le journal d'un narrateur extraterrestre venu sur Terre avec la mission de remplacer Andrew Martin, un mathématicien amené à découvrir la démonstration de l'hypothèse de Riemann (je ne connaissais pas du tout, mais des professeurs de mathématiques ont pu m'en parler et c'est passionnant !). La découverte paraît anecdotique mais, selon les extraterrestres, elle serait le point de départ de beaucoup de malheurs et d'une dangereuse évolution de l'espèce humaine. L'hypothèse concerne d'ailleurs les chiffres premiers et le narrateur fait souvent référence à ceux-ci comme la clé de toute chose : c'est seulement une anecdote amusante, mais assez intéressante pour que je veuille la mentionner ici !

  L'extraterrestre doit donc prendre la place de cet Andrew qu'on nous révèle de moins en moins sympathique et enquêter sur les personnes qui auraient pu avoir vent de sa découverte afin de les éliminer. Se comporter comme un humain est un choc pour le narrateur, et le roman permet de créer un décalage rapide et bien mené en nous interrogeant sur le bien-fondé de la plupart de nos habitudes. Petit à petit, l'extraterrestre va pourtant apprécier les petits détails de notre condition mortelle qui donnent goût à la vie, voire même montrer plus d'humanité que l'homme qu'il remplace... Amené à intéragir en tant qu'époux, amant, père et meilleur ami, il va nous montrer ce qu'un regard extérieur voit en nous : nos défauts et nos qualités.

    

  Amusant, intelligent et sans doute émouvant pour les adolescents (sans doute...), le livre est attachant même s'il n'échappe pas à des facilités totalement grossières telles que la fin. Mais le propos est juste, le ton aussi, et sans aller peut-être assez loin dans la critique de nos comportements, il comporte de très beaux passages tels que le guide des conseils adressés à un fils adoptif.

 

  Même s'il n'a pas gagné le prix à l'échelle nationale, il a recueilli le plus de suffrages dans mon établissement et il m'a l'air d'une lecture intéressante et intelligente pour des lycéens. Les dernières pages annoncent une adaptation cinématographique prévue : on sera peut-être amené à en entendre parler à nouveau donc !

 

Par Robert Mudas.

 

A lire aussi :

 - Critique sociale + extraterrestres = District 9 !

 - Difficile d'évoquer les extraterrestres sans parler de Doctor Who...

Published by Robert Mudas - dans Littérature
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 00:00

Le film muet qui fait parler.

 

Un film de Michel Hazanavicius

France

2011

 

Avec :

  Jean Dujardin : George Valentin

  Bérénice Béjo : Peppy Miller

 

http://pmcdeadline2.files.wordpress.com/2012/01/the_artist__120122060929.jpg

 

  Inutile de présenter The Artist, le film qui a récolté de nombreux prix et projeté Dujardin sur la scène hollywoodienne. Le film m'attirait mais je n'avais pas eu l'occasion de le voir en salle à l'époque, c'est chose maintenant réparée. Et j'avais bien raison de dire qu'il m'attirait, car il faut avouer qu'on a là une franche réussite.

 

http://www.cinemasgaumontpathe.com/upload/galerie/films/6021/the-artist-19-10-2011-3-g.jpg

 

  Ce film est un hommage évident et efficace envers le cinéma et son histoire. George Valentin est un célèbre acteur de films muets, rencontrant par hasard la pétillante Peppy Miller. Au fur et à mesure de rencontres fortuites, la notoriété du grand acteur influencera celle de la petite figurante, amenée petit à petit à crever l'écran. Mais le cinéma évolue, et le muet passe brutalement au son. Le vieil acteur ne voudra pas s'adapter à ce cinéma, tandis que la petite jeune s'y intègre sans souci. Et l'élève dépasse finalement le maître...

 

http://jto.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2013/01/ff20120406a2a.jpg

 

  Le film regorge de qualités : l'histoire est touchante, l'interprétation est juste, la réalisation est assez efficace pour parfois se croire dans un Chaplin ou un Keaton (c'est dire), et l'hommage au cinéma est évident (peut-être un peu trop évident, ce serait peut-être le seul défaut). Hazava... Hanazavi... Le réalisateur s'amuse et adapte son oeuvre à l'évolution du cinéma et c'est tellement réussi qu'on pourrait avoir l'impression d'assister à un cours d'histoire du cinéma. En témoigne cette belle scène, surprenante et singulière, où Dujardin est choqué de percevoir du son : cette mise en abyme plutôt osée qui brise l'illusion narrative en nous rappelant que George Valentin n'est qu'un personnage est un moment clé du film.

 

http://1.bp.blogspot.com/-rtOliAAWX1s/T0YsfwQchJI/AAAAAAAACtM/uP2lHIgYIqc/s1600/the_artist_dc.jpg

 

  Cet aspect métafilmique n'annule pas pour autant la réussite de la fiction, puisque les personnages sont touchants et intéressants. Il faut dire que les acteurs n'y sont pas pour rien : Dujardin cabotine à fond, et on sait combien ça lui va bien. Bérénice Béjo fait craquer tout le monde par son joli minois et son charme ravageur. Bref, tout est là pour nous faire nous attacher à la fiction, et assister à l'évolution historique du cinéma qui blessera un personnage tandis qu'elle glorifiera l'autre.

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/racine/bandes-annonces/video/the-artist/43459400-1-fre-FR/The-Artist_emission_premium_fond.jpg

 

  L'image du couple dansant est celle qui a marqué tout le monde, mais le film ne joue pas que dans l'humour et la légéreté, loin de là. C'est bien une vraie histoire complète et riche qui nous est donnée à voir, histoire qui sert finalement à merveille d'exemple pour un cours sur l'Histoire du cinéma.

 

Par Robert Mudas.

 

 


 


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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 14:15

Et Si nos jours n'etaient plus comptés

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EDGE OF TOMORROW

 

Réalisation : Doug Liman

 

  Distribution :

  Tom Cruise (Major Bill Caje)

Emily Blunt (Rita Vrataski)

Bill Paxton (Maitre Sergent Farell)

Brendan Gleeson (General Brigham)

 

 4juin 2014

Durée : 1h53 min

 

Pitch : Terre, dans un futur très proche. Une Race Alien surnommée les  "mimics" décime la population. Venus d'on ne sait où, ni pourquoi, ces derniers semblent imbattables et l'humanité se retrouve confronté à sa fin proche.

Une lueur d'espoir subsiste en la personne de Rita Vrataski, étant la seule, avec son exosquelette, à avoir fait reculer l’ennemi à Verdun.

C'est en pleine période de propagande pro new armada que le « commandant » William Cage se retrouve parachuté au front, pour promouvoir contre son gré la puissance de ces fameux exosquelettes dont il a organisé la propagande.

edge-of-tomorrow-emily-blunt-rita vitarski J'aime beaucoup cette image de propagande qu'on nous balance dès le début du film qui n'est pas sans rappeler "starship troopers".

 


Lui qui n'a jamais été qu'un publicitaire, soldat en col blanc à la solde de l'état, qui n'a jamais tenu une arme, va se retrouver envoyé en ligne de front pour le « débarquement », bataille décisive de cette guerre, et mourir aussi violemment une fois à terre.

Un instant plus tard il ré-ouvre les yeux sur le même tarmac où il a été debarqué comme déserteur quelques heures plus tôt, le voilà condamné à revivre cette journée en boucle... Vivre , mourir, recommencer....


 

 

Critique : AH bordel que ça fait du bien un aussi bon film de science fiction.

Edge of tomorow est avant tout une adaptation du manga « All you need is kill » lui-même adaptation du roman du même nom de Hiroshi Sakurazaka.

Et "oh mon dieu" on a entendu mes prières ! Enfin un film à grand renfort de CG au service de l'histoire et pas l'inverse. Rien que ça merci !


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N'ayant lu que le manga et pas encore jusqu' a la fin, je vais vite passer sur ce que sûrement les fans du matériel de base pourraient critiquer : oui les personnage n'ont pas tous le même nom.

Il n'ont pas le même age et l'histoire n'est pas située au même endroit dans le globe, l'intrigue ne se déroule pas de la même manière , etc.

 

Mais en ce qui me concerne lorsqu'un film prend volontairement la peine de ne pas s’appeler de la même manière que son matériel d'origine c'est ce qu'on appelle UNE VRAIe ADAPTATION.

 

                                                                                          

 

                                                                                                                 (si vous aimez les mangas, jetez-vous dessus tout de même,

                                                                                                                                            c'est de la bonne également )

 

On prend le message principal, on le fait sien et on essaie de l’emmener plus loin (bon à vrai dire le film porte le même nom chez nos amis nippons donc à voir si c'est pour draguer les adeptes du manga ou si un département de com un peu mou du genou en est responsable).

 

Le manga, un peu trop adolescent à mon goût, est certes une « tuerie » et je pense me procurer le roman d'ici peu, mais le propos du film, lui, a été rendu plus mature et surtout plus occidentalisé.

Plus occidentalisé dans le sens où si la bataille de l'espoir s'est joué à Verdun,ce n'est pas sans rappeler une certaine Grande Guerre.

Que la bataille décisive du « Débarquement » se passe en Normandie, faisant lui-même écho à un autre débarquement d'une autre Grande guerre y joue un rôle également.

J'irai même jusqu'à noter l’opportunisme de sortir le film proche du 70ème anniversaire de l'appel du 6 juin 1944 fêté cette année : ce n'était certainement pas un hasard.

Et plus mature, car on se retrouve face à des protagonistes en plein âge mûr, dans lesquels n'importe quel clampin, qu'il ait 70 ans ou 20 ans peut se projeter et ressentir de l’empathie.

C'est toujours un peu plus compliqué quand le héros a 15 ans et agit comme un gosse capricieux, on va forcément mettre ça sur le dos de l'adolescence et perdre une partie du message.

 

 Car première surprise dans le film, Tom Cruise/Cage est un infect connard ! il est un soldat en col blanc, plus intéressé par sa côte de popularité auprès des grands pontes, que par l'issue réelle de la guerre.

Et on éprouve une certaine satisfaction à le voir se faire envoyer au casse-pipe par le Général Brigham. Genre de sentence divine :  « On récolte ce que l'on sème. »

 

edge-tomorrow-tom-cruise-reviewsEdge-of-Tomorrow-Alpha-Mimic

- Y a des matins comme ça tu te dis que t'aurais dû rester couché -



Cage n'aurait jamais eu assez d'une vie pour apprendre la patience, l'humilité, ni même le respect de son prochain. Lui qui est un parfait produit de notre société consumériste et égocentriste.

Grâce à cette boucle temporelle dans laquelle il se retrouve coincé, sans savoir au début comment, ni pourquoi  (et y a-t-il réellement un pourquoi ?), il va grandir, mûrir et finir par approcher celle qui selon lui pourra le sauver et les sauver tous : Rita Vrataski, « The FULL METAL BITCH », une icône de l'envergure de Ripley d'Alien. Excepté que ce n'est pas elle le héros mais bon on s'en contentera ça devient suffisament rare de nos jours.

 

emily-blunt-edge-of-tomorrowC'est ce qu'on appelle "avoir de la prestence"

 

Au moment de cette rencontre, un tournant majeur s'effectue dans le récit. Cage se retrouve pris en main par Rita qui va finir son apprentissage et faire de lui une "Une Arme" et surtout un « Homme ».

 

La relation qui lie Cage à Rita est parfaitement jouée, juste, belle et touchante.

Cage condamné à revivre cette même journée garde en mémoire, ainsi que son corps, tout ce qu'il a vécu dans les boucles précédentes.

Mais Rita qui s'occupe de son perfectionnement, elle, ne se souvient de rien, mais telle la guerrière pragmatique qu'elle est, elle ne lui fera aucun cadeau et n'a qu'un objectif : finir cette guerre et poutrer de l'alien à coups de pelle à tarte façon Cloud de FF7 (oui je suis une geek et alors).


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Bref cette femme loin des codes hollywoodiens actuels, fait du bien a voir.

Rita n'a pas besoin d'être secourue, même si Cage est persuadé du contraire et mettra du temps à comprendre. Elle est une femme forte, burnée, qui est une leadeuse dans l'âme. Elle se bat pour un futur meilleur, même si elle, elle se sait condamnée.

 

Les rares moments où Cage joue le citadin avec elle et où elle se livre sur son passé, ne font pas d'elle une femme fragile (le fameux « mais j'ai des sentiments aussi »). Il font d'elle un être humain, mais qui ne se complait pas dans ses moments de malheur, et l'ont rendue plus forte.

 

Tout ça renforcé par une excellente narration, qui emprunte beaucoup à son ainé Un jour sans fin. Raconter un parcours initiatique, sans tomber dans des lourdeurs burlesques et des effets de répétition à outrance. Aucune scène ne se ressemble et on est toujours dans l'avancement permanent . Même les moments de doute de Cage sont parfaitement mis en scène, et offrent au spectateur un léger moment de recul et de repos bien mérité avans de replonger tête la première dans l'action.

Le dosage est très bien senti entre scènes d'action et confidences sur l'explication de la boucle. Quant au background de l'invasion des aliens, il n'a d'ailleurs n'a pas de réelle explication et à vrai dire  on s'en fout.

Aucune punition divine a l'horizon, juste des êtres doués d'un extrême intelligence et d'une violence rare qui viennent juste tout détruire. Là aussi bonne surprise de la part d'un blockbuster hollywoodien.

 


Visuellement ce film est magnifique. Les scène de batailles, trash, sans merci avec des humains dans des exosquelettes qui se croient des guerriers sanguinaires et qui se pissent aussitôt dessus une fois devant l'ennemi.

Mais là où beaucoup de films de ce style se complaisent dans la beauté de l'action, souvent trop propre et policé, ici ça explose de partout, c'est sale, ça sent la sueur et le sang, la vraie sale guerre et franchement hormis le goût de l’adrénaline, personne n'aurait envie d'être à la place des ses malheureux.

Les Aliens sont aussi terrifiants qu'ils pètent la classe, certes on n'est pas au niveau de dieu le père « ALIEN », mais on s'en approche (beaucoup plus que les espèce d'oursins géants du manga, qui avaient plus l'air d'être sortis d'un hentaï dégueulasse que d'une lointaine galaxie ) .

 

alien degs

 

 

 

 

histoire de vous rendre compte de ce qu'étaient les mimics dans le manga... Quand je vous dis "tout droit sortis d'un hentai dégueulasse"... et encore je ne vous ai pas montré comment ils tuent leur victimes...


 

 

 

 

 

 

Et Rien que pour sa vision d'un Paris post guerre mondiale, loin des affiches publicitaires qu'on avait vues placardées ici et là, ce film vaut le coup d’œil. Car oui l'action (j'ai oublié de vous le dire) se passe principalement en France, et je vous le dis : le monde est peut être foutu mais on a réussi à passer le 21ème siècle dans les films ricains, youhou ! (si si je crois que j'ai vu une mégane ou deux par-ci par-là).


Edge-of-Tomorrow-Aliens-Rita-VrataskiLes scènes de combat au début du film sont clairement époustouflantes et vous mettent directement dans le bain.

 

Tout est est bon dans ce film exceptées, peut être, les cinq dernières minutes qui franchement ne servent à rien hormis permettre aux producteurs de diffuser cette bombe en salle.

Je digresse mais c'est vrai que c'est un peu dommage de finir cet excellent film avec un tel final juste avant, sur une scène aussi préchi-précha. Même si elle a du sens.

 

  Bref, ça me coûte d'écrire ça , mais si 5 minutes très convenues pour finir un film peuvent permettre de livrer un putain de film de SF comme ça faisait très longtemps qu'on n'en avait pas vu, et bien soit ! L'important n'est pas vraiment comment ça se termine mais plutôt comment tout cela a évolué.


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Bilan : vous n'aimez pas Tom cruise, pas grave ce pauvre fou se fait complètement effacer par sa collègue Emilie Blunt qui m’impressionne à chaque film dans ses interprétations, très loin du rôle de la petite écervelée du « Diable s'habille en Prada » qui voulait voir Paris.

C'est un film humaniste, qui comme tout bon film de SF, remet l'homme et ses travers au milieu du récit en nous confrontant à des situations extrêmes et nous amène à nous poser des questions sur notre condition.

Si l'histoire n'est qu'un éternel recommencement, nous devons impérativement apprendre de nos erreur passées, prendre l'enseignement de nos mentors et ne pas oublier.

Et c'est aussi avant tout un très bon divertissement. Et après 2h j'en aurais bien repris encore.

 

Si vous n'avez rien a mettre sous le Sapin ce noël …. voilà juste une petite idée.

 

Par Darkim Lain.

 

A lire aussi :

 - Si vous aimez les boucles temporelles, la série culte de SF Universal War One est là pour nous donner une bonne leçon.

 - Dans le genre "film de SF original sortant des entiers battus", n'oubliez jamais l'excellent District 9.

 - SF, voyage dans le temps, extraterrestres... On parle de Doctor Who ou pas ?

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 16:30

Le Civilization de ceux qui n'aiment pas Civilization.

 

Editions Z-Man Games

Un jeu de Christian Marcussen

Illustré par Chris Quilliams

2012

 

De 2 à 4 joueurs

3h

60 euros

 

http://www.aquiletour-asso.com/wp-content/uploads/boite_clashofcultures.jpg

 

  Mon dernier article ludique parlait d'un tout petit jeu efficace et rapide. Et bien, nous changeons de registre aujourd'hui avec ce très gros jeu, cher, complet et long. A vrai dire, c'est tout-à-fait ce que je cherchais à l'époque de son acquisition, puisque le seul énorme jeu que je possédais était Starcraft, et son thème SF comme son lien avec le jeu vidéo le rendent parfois difficile d'accès. Le gros jeu de civilisation connu et recommandé par tous à l'époque et encore aujourd'hui, c'est Sid Meyer's Civilization, lui-aussi adaptation de jeu vidéo. Manque de chance, je n'apprécie guère ce gros jeu que je trouve trop froid. Quelle joie alors de voir arriver Clash of Cultures en 2012, s'imposant de suite comme le concurrent idéal ! Même si, je le dirai dans cet article, il n'est pas exempt de défauts tout de même...

 

  Le jeu commence pour nous avec une petite colonie, un colon pour en construire une nouvelle, ainsi que deux développements acquis : la récolte et les mines. A partir de là, chaque joueur va être amené à faire des choix pour développer sa civilisation : agrandir ses villes en construisant de nouveaux bâtiments, développer de nouvelles connaissances, créer des armées, attaquer les campements barbares ou même les ennemis, voire construire les prestigieuses merveilles. Pour ce faire, 6 phases de jeu, chacune composée de 3 tours, chacun composé de 3 actions par joueur. Oui, le jeu sera long, il faut l'avouer, mais cela permet d'avoir vraiment l'impression de voir évoluer notre société et en cela l'immersion est fort efficace. D'autant plus que les règles sont globalement (sans parler des points particuliers comme le combat, la navigation, les barbares ou certaines combinaisons technologiques...) faciles à assimiler. Non, le vrai problème de fluidité du jeu ne vient pas de la longueur ou des règles mais seulement des développements à faire : 48 évolutions technologiques dans 12 catégories différentes, qui parfois se cumulent entre eux pour alourdir sérieusement les tours par une accumulation de "je fais ça donc ça me donne ça, ce qui, grâce à ça, me permet de faire ça tout en gagnant ça parce que ma colonie est là. Et donc, ça, c'était une action gratuite, je commence mon tour maintenant..." Ce genre d'enchaînement, d'une lourdeur terrible pour le débutant et pour le joueur qui ne joue pas, me donne toujours l'impression de forcément oublier une dizaine d'éléments par partie et me fait penser qu'il me faudrait une intelligence artificielle pour gérer ces mécanismes à ma place. Un jeu vidéo en fait... C'est un peu dommage quand un jeu de plateau donne cette sensation (qu'on peut aussi parfois ressentir dans certains jeux à combinaisons de cartes tels que le pourtant très bon Seasons).

 

http://bdml.free.fr/clashofcultures_plateau.jpg

 

  Bon, cette lourdeur étant assez évoquée pour que ma critique soit juste, expliquons maintenant pourquoi ce jeu mérite qu'on se creuse les méninges à essayer de gérer tous ces petits points. Jamais l'impression de construire une civilisation n'aura été pour moi plus forte que dans ce jeu. Le tableau des technologies, aussi énorme soit-il, est aussi extrêmement intéressant pour les idées qu'il propose. Chaque petite technologie apporte un petit truc : une meilleure défense contre des événements (exemple : l'irrigation évite la famine. Logique !), l'opportunité de construire certains bâtiments, avoir des petits bonus plus ou moins conséquents (les routes commerciales, donnant de l'or en fonction de notre proximité aux voisins en début de tour par exemple), la capacité à rendre nos villes plus ou moins heureuses et donc plus productives, ou même l'occasion de faire la guerre plus ou moins facilement ! Ces bonus sont souvent très logiques et dans le thème, et les combinaisons montrent une vraie réflexion sur le lien entre thème et mécanismes : j'apprécie par exemple particulièrement le fait que la démocratie soit incompatible avec un régime trop militaire, ou que les idées qui permettent de faire des développements plus facilement soient limitées quand on est... dans un régime fondé sur la religion. Ce seul point me fait sourire à chaque fois que je l'explique et j'adore ce genre de prise de risque de la part des auteurs !

 

  Autre excellente idée des auteurs : si la lourdeur se fait sentir dans les technologies, elle est pour une fois dans un tel jeu absente du comptage de points final. En effet, ici, le score final se calcule très facilement : on compte le nombre de bâtiments construit par chacun, ses objectifs résolus, ses merveilles (traditionnelles dans ce genre de jeu, mais peu puissantes pour celui-ci dans leurs effets), et ses développements. Point. C'est tout. Ainsi, les scores sont souvent très serrés, à deux points (voire un demi !) près, et rien ne doit être fait de façon innocente et non réfléchie pour pouvoir gagner. Ainsi, aussi, la force militaire devient tentante en fin de partie pour récupérer les villes adverses et leurs points de victoire, et il faudra sérieusement s'en protéger si on est en tête ! De plus, le titre du jeu l'annonce : on peut aussi piquer des bâtiments adverses sans combattre. En effet, les civilisations peuvent utiliser leur force culturelle pour tenter d'influencer la colonie voisine (à coups de slogans publicitaires et de bimbos écervelées, à n'en point douter) et récupérer presque pacifiquement un bâtiment qui devient de notre couleur. On fait perdre un point à l'ennemi, on en récupère un, et ce n'est même pas une manoeuvre militaire... C'est bien sûr moins payant que la guerre en elle-même, mais ce genre de pratiques peut changer la donne en fin de partie, même si j'ai tendance à la trouver un peu faible pour vraiment en faire la spécificité du jeu.

 

http://www.jedisjeux.net/img/800/clash-of-cultures-1842-1348412656.png

 

  Enfin, l'autre allégement des auteurs est d'avoir représenté virtuellement nos ressources. En effet, pas de cubes en bois dans ce jeu (ça y est, j'en vois qui râlent au fond !), mais une échelle sur notre plateau individuel sur laquelle des curseurs nous montrent le nombre de ressources que nous avons. Tellement simple et pratique qu'on se demande pourquoi personne n'y avait pensé avant...

 

  J'ai parlé de cartes objectifs il y a deux paragraphes. En effet, on aura au long du jeu des cartes actions permettant de faire de petits coups bas du plus bel effet mais aussi des cartes objectifs qui sont une composante très importante du score final. Ces cartes nous demanderont de réaliser une condition précise dans le développement de notre civilisation ou lors d'un combat, afin de gagner deux points de victoire. Elles peuvent nous imposer de construire tels bâtiments, de construire beaucoup de colonies, d'avoir beaucoup de ressources, d'avoir tels développements, etc. Les joueurs chafouins râleront que cela oriente trop la stratégie mais j'y vois personnellement une bonne opportunité de varier les parties car selon les objectifs, on sera peut-être obligé de ne pas faire notre coup traditionnel et de privilégier une autre voie tout en choisissant le bon moment pour le faire. Ce mécanisme est vraiment l'originalité du jeu, qui peut faire rager quand l'autre résoud en deux actions une carte alors que nous y sommes depuis quatre tours, mais qui diversifie les parties et oblige à parcourir toutes les facettes du jeu.

 

http://blog.metagames.co.uk/wp-content/uploads/Clash-of-Cultures-game.jpg

 

  Car des facettes, il y en a encore beaucoup que je n'ai pas expliquées. Les barbares, les bâteaux (même s'ils sont particulièrement malmenés par les règles et quasiment sans intérêt : mon gros regret du jeu), les événements qui se déclenchent quand notre technologie progresse, l'humeur des villes qui tombe quand on les utilise trop, l'expansion des villes qui dépend du nombre de villes que l'on a, nous interdisant de rester seul dans un coin du plateau, et j'en oublie encore. Le jeu est donc riche, complexe pour un débutant mais tellement jouissif pour un connaisseur.

 

  Une extension est sortie en version originale, proposant différentes civilisations et donc des techniques maintenant spécifiques pour chaque joueur. J'ai très hâte qu'elle sorte en français afin d'à nouveau renouveler un jeu que j'ai eu la chance de beaucoup pratiquer.

 

http://shop.goodgames.com.au/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/c/l/clash_of_cultures.jpg

 

  Par Robert Mudas.

 

A lire aussi :

  - Et si on rajoutait de la magie dans ce concept et qu'on en faisait un jeu de gestion ? Terra Mystica : LE JEU des dernières années.

 - Moins civilisationnesque et plus bourrin : plongeons dans la Grèce antique avec Cyclades !

 - Et puis, puisqu'on fait naître des civilisations, pourquoi ne pas parcourir les ruelles de Rome...

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 15:00

Les petites histoires de la grande.

 

Une série créée par John Milius, William J. MacDonald et Bruno Heller.

Etats-Unis / Royaume-Uni / Italie

2005 - 2007

 

Avec :

 Kevin McKidd : Lucius Vorenus

 Ray Stevenson : Titus Pullo

 James Purefoy : Marc Antoine

 Polly Walker : Atia

 Claran Hinds : Jules César

 

Série terminée en 2 saisons et 22 épisodes.

 

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  A quoi bon aller chercher des concepts dingues pour faire une série, alors que notre Histoire avec un grand H regorge d'histoires captivantes avec plein de petits h ? La série Rome est partie de cette idée simple : relater les intrigues politiques historiques de la Rome antique. Ce principe aurait pu être casse-gueule car scénariser des personnages historiques, les représenter et les faire évoluer en tant que personnages principaux se heurte forcément à la rencontre réalité / fiction. Peuvent en sortir frustrés les historiens comme les amateurs de bonnes séries à suspense. Les auteurs ont trouvé une très bonne idée pour répondre à ce problème : ne faire des personnages historiques importants que des seconds rôles, et donner les premiers rôles à leurs proches (comme Atia et Octavia) et surtout à deux soldats romains qui, dans leurs aventures personnelles, seront amenés à être témoins (voire acteurs) de tous les événements importants de l'Histoire telle qu'on pourrait l'apprendre. Cette idée à la Forrest Gump est purement excellente, car permet de visionner des scènes célèbres et fondatrices depuis un référentiel humain.

 

http://www.lyricis.fr/wp-content/uploads/2008/12/rome-titus-et-lucius.jpg

 

  On suivra donc les aventures personnelles de Titus Pullo et Lucius Vorenus. Si le deuxième est un peu trop froid et rigoureux (même si ses valeurs morales sont plutôt intéressantes) pour être attachant, le premier est extrêmement sympathique et attirera de toute évidence la bienveillance des spectateurs. Les intrigues qui les font coexister avec les événements historiques ont parfois des ficelles un peu trop grosses (je pense par exemple au premier voyage en Egypte et à la rencontre, quand même !, avec Cléopâtre !) mais le projet est louable et enthousiasmant. Mine de rien, on en apprend énormément sur l'histoire antique tout en se divertissant, et on n'est pas loin parfois d'oublier qu'il s'agit d'Histoire et se croire devant un récit de fantasy. Je n'ai pas assez de connaissances historiques pour savoir ce qui est réaliste ou ce qui est trop gros - j'ai parfois l'impression que certaines choses vont un peu loin - mais je suis convaincu que les scénaristes ont fait un gros travail de recherche, et la série en sort très instructive. Pour exemple, ma compagne ne connaissait pas du tout l'histoire de César et le fameux événement des Ides de Mars : cette fin de saison l'a marquée et lui a plu comme le cliffhanger d'une série traditionnelle, tout en lui apprenant quelque chose.

 

http://www.peplums.info/images/39rome/39i02.jpg

 

  La série nous permettra ainsi de suivre la carrière de César et sa relation avec Pompée dans la saison 1, puis l'évolution de Marc Antoine et d'Octave en saison 2. La série devait être plus ambitieuse et compter plusieurs saisons de plus, jusqu'à parler d'un certain Jésus-Christ né à Nazareth, mais la loi du marché a été la plus forte. La production coûtant trop cher en costumes et en décor (et pourtant, on sent certaines restrictions, notamment dans les batailles souvent passées sous ellipses, un peu frustrantes car enlevant les possibilités épiques), elle a été annulée au bout de deux saisons. Il a été question de la finaliser par un long-métrage, mais le projet semble avoir été repoussé aux calendes grecques (rigolo, pour Rome, non ?). En somme, il y a fort à parier que nous n'en entendrons plus parler, d'autant plus que les créateurs sont passés à d'autres projets, tels que Gotham pour Bruno Heller : encore une série sur une ville mais pas dans la même optique cette fois-ci ! Je dois avouer que l'arrêt de la série ne m'arrache pas forcément de larmes, car les intrigues tournaient un peu en rond, les personnages n'étaient pas tous intéressants et le jeu d'acteurs était franchement inégal.

 

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  Car la série, si elle a été le précurseur d'autres séries historiques comme la sympathique Vikings ou de futures séries épiques et fantastiques comme Game of Thrones, a certains défauts. Les détracteurs d'HBO, nombreux il faut l'avouer, se plaignent du nombre incroyable de scènes de sexe inutiles par exemple (remarquez bien qu'il s'agit de la chaîne qui passera True Blood et Game of Thrones donc l'argument tient la route). Personnellement, c'est la distribution qui m'a gêné. Si certains acteurs sont impeccables (James Purefoy ou Ray Stevenson pour ne citer qu'eux), d'autres correspondent à des choix très étranges. Je ne pardonne personnellement pas à la série d'avoir rendu le génial orateur Cicéron si peu charismatique : chaque scène de ce personnage est un calvaire alors qu'il devrait nous épater par sa puissance. De même, je reste sceptique face à la prestance de Pompée, qui pourrait sans m'étonner postuler pour faire père Noël dans une galerie marchande. Bref, j'avais parlé du difficile défi de représenter visuellement et physiquement des personnages historiques, et bien je fais partie de ceux que cela peut facilement choquer... Clairement, la série aura cependant permis quelques révélations, quelques acteurs ou créateurs qui feront leur petit bonhomme de chemin dans les séries. Car, on le sait bien, Rome mène à tous les chemins.

 

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Par Robert Mudas.

 

A lire aussi : 

 - Marc Antoine devient serial-killer dans The Following !

 - Puisqu'on est dans la Rome antique, cela ne vous dirait pas de devenir Augustus ?

 - Si vous connaissez bien l'Histoire, l'univers du jeu 7 Wonders et de son extension ne vous dépayseront pas... A bien chercher, on pourra d'ailleurs y trouver Rome, Marc Antoine, César, Cicéron, Mécène ou Cléopâtre !

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 00:00

Dessine moi un Dragon ! Le monde est triste sans imagination...


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Titre original : How to train your dragon 2

Réalisation : Dean DeBlois

Producteur exécutif : Chris Sanders

 

Casting doublage VO : Jay Baruchel (Harold) , Cate Blanchett (Valka), Gerard Butler (Stoik la Brute), ect...

Année : 2014 Durée: 1h43min

 

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Vous êtes prêts à voler de vos propre ailes ?


Pitch : Bienvenue à Beurk. Petit village perdu dans les Terres Nordiques peuplées d'intrépides Vikings.

Mais pas n'importe quels vikings. Des Vikings à dos de dragons.

6 ans après le premier opus, nous retrouvons Harold toujours aussi fusionnel avec son « furie nocturne » nommé « croque moue », tous deux ont bien grandi. Grâce à eux tout le village de Beurk vit en harmonie avec les Dragons, et fait la fierté de la nation.

Harold occupe son temps à parcourir le ciel et les îles environnantes pour découvrir de nouvelles latitudes.

Jusqu'au jour où il tombe sur des chasseurs de dragons. C'est alors qu' il va découvrir qu'un « être sombre » répondant au nom de « Drago » semble en vouloir à ces derniers pour d'obscures raisons.

 

 

 

Critique : Whoua whoua whoua ! Depuis le temps que j’attendais cette suite !

J'avais terriblement peur d'avoir vu tout le film dans le « trailer » qui été diffusé en salle. Et bien je peux vous dire que non ! Dragons 2, c'est une suite à la hauteur de la surprise du premier opus.

 

Visuellement déjà : c'est un petit bijou. Les paysages sont « dépaysants », la lumière magnifique, les effets visuels parfaits, les personnages toujours aussi charismatiques.

Musicalement : magnifique, entraînant, touchant même par moments.

Bref je ne vais pas vous ennuyer ici avec des détails techniques que seulement la moité d'entre vous comprendront, mais l'infographiste en moi était aux anges, et en a pris plein les mirettes pendant 1h40.


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Franchement, elle n'est pas magnifiquement éclairée cette scéne ? Tu la sens la chaleur du soleil.... Pouah  !


Et puis ça bouge partout. Je vous jure, il y a des moments où mon coeur d'animatrice vibrait tellement c'était animé partout. Un personnage parle au premier plan, le dragon fait le con en arrière. Toutes ces petites choses qui manquent curellement régulièrement dans les films  et qui rendent un univers vivant et crédible. 


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Au niveau échelle de grandeur on tape fort, je peux vous le certifier


Bon une fois l'euphorie passée, comment vous convaincre que ce film est à voir absolument ? 

Vous ne pourrez pas être insensible à cette histoire, et forcément vous vous reconnaîtrez en Harold, un jeune homme au seuil de sa vie, qui voit son univers remis en question maintes et maintes fois.

 

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Papa en a marre que vous parcouriez le monde, pourtant ce dernier regorge de découvertes qui changent votre vie à jamais

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  Et ça, c'est ce qui s'appelle avoir de la prestance.


Les personnages sont tout en nuance , et terriblement humains. Peut être parfois trop crédules avec un cœur gros comme ça, mais jamais clichés, même les personnages secondaires, qui sont souvent là plus comme des « comic relief », arrivent à avoir une épaisseur psychologique, ce qui fait que leurs gags tombent souvent juste et ne sont pas que là pour relancer l'attention du jeune public toutes les 10min.


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On retrouve toute la clique prête à en découdre avec le grand méchant pour sauver les dragons.


Je peut tout de même admettre que le grand méchant de l'histoire manque un poil de charisme. Mais peut-être parce qu'à force de vouloir faire tant de mystère autour de lui, on finit par s'attendre à quelque chose de si énorme, que la vérité ne peut être que décevante. Et encore est-ce vraiment une mauvaise chose ? Que ce vilain soit lui aussi terriblement humain, cela fait qu'on ne peut pas vraiment le haïr.


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Bon faut pas trop le chatouiller quand meme le Drago !


Dans d'autres films d'animation , beaucoup adore les vilains, car il sont si charismatiques par rapport aux héros policés que forcément il est facile pour eux de voler la vedette.

Ici , non ! Nous avons à faire à la bêtise humaine, sous toutes ses formes, à la fois drôle, potache et effrayante, et pas seulement du côtés des « méchants ».

Bon bien sûr il y aura toujours les mauvaises langues qui vous diront « Rah non mais c'est un dessin animé, ils vont pas traumatiser les gosse. Y a pas de sang , les batailles sont super propres, etc, etc, etc. » ; et j'ai envie de répondre ET ALORS !


how-to-train-your-dragon-2-still-drago-piratesJe voudrais tout de meme attirer votre attention sur le nombre d'éléments présents tout au long du film. Si on y est habitué dans les grands blockbusters récents, dans l'animation cela reste toujours très osé, car coûteux. Et on sait tous qu'un film d'animation fera par défaut, très souvent moins d'entrées, et donc moins de sous qui rentrent par la suite. Donc on y va "mollo" dans le style "on en met plein les mirette" généralement.... alors profitez, que diable, de cette orgie d'animation et d'éléments à l'image !

dragons-2-critique-review-3

 

 

Ici, nous somme loin des discours « préchi précha », sur le bien qui triomphe toujours du mal. Non, ici on retrouve un discours plus profond, plus diffus : celui selon lequel la vie n’épargne personne et selon lequel chacun, même si parfois le prix est lourd, fait ses propres choix. Tout n'est pas blanc, ni noir. A chacun de choisir le sens qu'il décide de donner à sa vie : celui de la peur, ou de la bravoure.

Bien évidemment, le film, étant destiné à un public jeune en première ligne, choisit son camp. Mais ne le laisse pas blanc comme neige pour autant et ça… c'est bien.


How-to-Train-Your-Dragon-2-Hiccup-Toothless

Oui bon on se doute que lui c'est la bravoure quoique....

 

 

Bilan : Bref, je pourrais encore en parler des heures tellement ce film m'a plu. Mais je pense que des images valent mieux que mille discours, donc, si vous avez envie de remplir la tête blonde de votre marmot, petit(e) frère /sœur, de belles images avec un fond fort appréciable en cette période de régression mentale latente, ou tout simplement de vous faire PLAISIR à VOUS (« oui » toi là bas qui passe ton temps a dire que les dessins animés sont faits pour les gosses), trouvez un moyen de voir ce film. Il est de bien meilleure facture que tous les putains de blockbusters que tu pourras voir sur les écrans cet hiver. Et par la même occasion enfilez vous le premier opus, c'est de la bonne ^^.


Ps: bon allez je suis bonne princesse, voici le lien vers le premier trailer ^^

 


 

 

 

Par Darkim.

 

A lire aussi :

 - Puisqu'on parle dragons, autant rencontrer la "Mother of Dragons" ici et .

 - Deux autres films d'animation chroniqués par Darkim : Le Lorax et Monstres Academy.

 - Si on parle dragons, il faut évoquer Smaug, forcément !

Published by Darkim Lain - dans Cinéma
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 11:10

En bateau Simone !

 

Editions Bombyx

Un jeu de Bruno Cathala et Ludovic Maublanc

Illustré par Xavier Collette

2012

 

De 2 à 5 joueurs

30 minutes

15 euros

 

http://www.maboiteajeux.fr/wp-content/uploads/2012/06/no%C3%A9_bombyx.png

 

  Le déluge approchant, le brave Noé a fort à faire. C'est sûr qu'il y en a des bestioles à caser sur l'arche, et elles ne font que poser des problèmes. Certaines sont trop lourdes et font couler les navires, d'autres sont si ingérables qu'il faut faire très attention à ne pas mettre trop de mâles pour une seule femelle. Bref, il y a des règles à respecter, et cela devient un tel casse-tête pour Noé qu'il en appelle à vous.

 

  Ne vous laissez pas avoir par le format très léger de la boîte ni par les illustrations très kawaï qui laissent sous-entendre un jeu sans grande profondeur : Noé est un jeu profond et intéressant, même si fluide et très rapide. L'idée est d'y placer différents animaux sur cinq arches différentes, avec quelques règles de placement contraignantes : chaque animal a un poids et le cumul des poids sur un bateau ne doit pas dépasser 21, et les animaux peuvent seulement être regroupés par sexe (les mâles ensemble ou les femelles ensemble) ou alternés rigoureusement (un mâle, une femelle, un mâle, une femelle). Un peu de rigueur quand même, sinon ça devient vite le zoo.

  En se fiant à ces règles strictes, chaque joueur va devoir poser un animal sur l'arche sur laquelle se trouve Noé, et ainsi se débarasser peu à peu de toutes ses cartes comme dans tout jeu de défausse classique. Les choix paraissent limités mais c'est loin d'être le cas, puisque si on joue la même espèce animale que la dernière carte posée, on peut rejouer immédiatement. De plus, si on parvient à atteindre le poids de 21, l'arche part et on donne aux adversaires des cartes de notre main. Enfin, après chaque carte placée, on choisit nous-mêmes où part Noé, c'est-à-dire sur quelle arche devra jouer le prochain adversaire. C'est loin d'être anecdotique car on peut ainsi préserver les arches sur lesquelles on est susceptibles de faire des bons coups (par exemple les arches qu'on est capable de faire partir nous-mêmes) mais aussi obliger l'adversaire à jouer sur une arche sur laquelle il ne peut rien poser, auquel cas il récupère toute l'animalerie déjà posée sur l'arche en question.

 

http://www.espritjeu.com/upload/image/noe-image-48622-grande.jpg

 

  Avec cette mécanique, le jeu devient chafouin et calculateur à souhait, et il est intéressant et jubilatoire de se garder des options et de prévoir plusieurs coups à l'avance où les autres vont nous emmener plus tard (car en fonction du sexe des animaux Noé ne se déplace pas de la même façon : tout un calcul !). Cinq animaux viennent en plus apporter un pouvoir spécifique à jouer au bon moment : la girafe avec son long cou permet de voir le jeu d'un adversaire (idéal pour savoir où le faire jouer pour l'ennuyer !), le lion permet de faire un échange de carte, l'âne est têtu et oblige Noé à rester sur son arche, le pic-vert (ce con !) attaque le navire et fait passer le poids maximal de 21 à 13, et enfin l'escargot hermaphrodite peut être femelle ou mâle selon l'envie de son propriétaire. Rudement intelligents, ces pouvoirs pimentent le jeu et permettent de belles stratégies.

 

  A chaque fin de manche (quand un joueur pose sa dernière carte ou quand la dernière arche part), les joueurs révèlent les cartes gardées en main et comptabilisent le nombre de larmes qu'elles comprennent : c'est autant de déceptions pour Noé quant à ces animaux que nous n'avons pas sauvés. Celui qui a accumulé le moins de larmes sur trois manches gagne la partie. Le jeu est très bien équilibré (et on s'en doute puisqu'on parle quand même de Bruno Cathala !), car les animaux les plus difficiles à poser ne sont pas ceux qui comprennent le plus de larmes : au contraire, ce sont les petits animaux avec un poids de 0 ou 1 qui vont nous pénaliser le plus. Cela impose une vraie prise de risque car il s'agit aussi des animaux que l'on a tendance à garder pour la fin de la manche car faciles à placer au dernier moment... A part pour le panda, le plus coûteux du jeu avec 4 larmes. Mais bon, tout le monde adore les pandas.

 

http://jeuxsoc.fr/n/noe__.jpg

 

  Un mot tout de même sur un avantage et un grand défaut de ce jeu. Pour l'avantage, déjà, impossible de parler de Noé sans parler du travail d'illustration de Xavier Collette : c'est purement magnifique, et même si cela peut laisser penser à un jeu trop léger, c'est un plaisir de jouer avec de si belles cartes. Quant au défaut, c'est la décision de jouer ce jeu jusqu'à 5 joueurs. C'est la première configuration que j'ai testée pour le jeu, habitué à avoir plusieurs joueurs chez moi en même temps, et la partie était véritablement sans intérêt. A 5, on ne peut rien prévoir, rien anticiper, et on est totalement soumis au hasard du "je peux poser ou pas ?". A contrario, à 2 joueurs, le jeu a une richesse hallucinante, puisqu'on peut anticiper plusieurs coups en avance et envoyer Noé là où l'autre joueur sera obligé de nous le renvoyer sur une arche qui nous arrange : grand plaisir de calcul ludique lorsque ce genre de coups réussit ! A deux joueurs, le jeu a une profondeur ludique qui fait de lui un succès total. A cinq, il n'a guère plus d'intérêt qu'un jeu de sept familles très bien illustré. Je vous propose donc pour conclure de réécrire la présentation ainsi, et vous avez là un trésor ludique :

 

2 joueurs (configuration à 3 joueurs possible)

30 minutes

15 euros

 

Par Robert Mudas.

 

A lire aussi :

 - Un autre jeu de Ludovic Maublanc, bien plus complexe : Cyclades.

 - Un jeu à deux génial pour le coup vraiment calibré pour deux : Dungeon Twister.

 - Et, rien à voir, mais si vous aimez les animaux sur des bateaux, y'a l'Odyssée de Pi aussi.

 

 


Published by Robert Mudas - dans Jeux de société
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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 14:28

Le bonheur n’est pas vraiment dans le pré…

 

http://chantalserriere.blog.lemonde.fr/files/2009/11/la-terre.1258221072.jpg

 

    J’ai un projet de lecture un peu fou depuis quelques années : je me suis décidé à lire tous les romans de la fresque des Rougon-Macquart d’Emile Zola dans l’ordre. Car oui, je lis aussi bien des comics de super-héros que des romans naturalistes, je suis un fou, moi, un vrai déglingo, ouaip. Ou quelqu’un qui pense que la culture passe par différents supports et différents niveaux, comme ce blog veut ou espère le montrer. Bref.
    Donc je lis un à un les romans de maître Zola, j’en suis maintenant au quinzième et c’est un vrai plaisir à chaque fois (à part le cinquième qui m’a paru insupportable, je dois l’admettre). Cet article sera donc mon bilan après la lecture de la Terre, qui n’est pas un des romans les plus connus de Zola mais qui est pourtant efficace et bien construit, et naturaliste au possible !

« Une des deux vaches, qui s’était mise debout, fientait ; et l’on entendit le bruit doux et rythmique des bouses étalées. »
    Comme à chaque tome, Zola nous plonge dans un nouveau milieu social : ici, celui des agriculteurs. Zola ne sera pas doux avec le monde rural, et ses descriptions naturalistes frôlent souvent le dégoût et l’overdose d’immondices dans ce tome, entre les pets festifs de Jesus-Christ (si si) et les fientes d’animaux. Zola nous présente un univers sale et répugnant, mais vu d’une façon particulière puisqu’aucun personnage ne s’en offusque, au contraire cette saleté (pour le citadin) est normale voire même amusante pour les ruraux. On s’interrogera bien sûr sur l’objectivité de Zola par rapport à cela mais on s’amusera en même temps de l’ironie que lui permet ce choix.

« Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. »
    Le rapport à la terre a aussi un côté poétique dans ce livre puisqu’elle est souvent pour les personnages l’objet du désir, et de nombreuses personnifications nous la présentent comme l’épouse la plus fidèle mais aussi la plus sévère. Cette idée est souvent répétée mais elle est très poétique et belle, même si elle mène à des scènes très dures moralement, comme celle où toute une famille abandonne la veillée sans émotion d’un aïeul mort pour aller pleurer devant les cultures saccagées par une averse de grêle. Ce décalage encore une fois ironique ramène bien à l’écriture habituelle de Zola, dénonciatrice des valeurs morales de certains milieux.

« Elle s’en allait sans embrasser son aînée, quand Buteau l’embrassait, blessée, comme si quelqu’un avait bu dans son verre. » http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e6/ZOLA_1902B.jpg
    Le rapport aux Rougon-Macquart est assez faible dans ce tome. Le héros est Jean, le frère de Lisa du Ventre de Paris et de Gervaise de L’Assommoir, mais il n’y fait qu’une seule fois allusion. Comme ses sœurs, c’est quelqu’un de passif et plutôt gentil, que la convoitise et l’obsession peuvent pourtant mener loin. Ancien ouvrier et ancien militaire, il entame un nouveau départ à la campagne où il s’intègre avec quelques difficultés surtout quand des envies de mariage arrivent. Le vrai personnage central du roman, finalement, ce ne sera pas ce Jean un peu fade mais plutôt la famille Fouan, de son vieillard délaissé et exploité par ses enfants (hommage très touchant au Père Goriot de Balzac, à n’en point douter) aux enfants plus ou moins honnêtes, à la moralité plus ou moins douteuse. Parmi eux, il y a Buteau, présenté dès le début comme « celui qui ne séduit pas les femmes par les paroles mais par les poings », dans une relation peu honnête avec Lise, s’introduisant de manière grossière dans la magnifique complicité de deux sœurs que tout séparera petit à petit à cause de ce mari infidèle et malhonnête. La déchéance progressive de ce ménage en particulier et de tous les personnages un tant soit peu honnêtes, habituelle chez Zola, est ici particulièrement éprouvante. En cela, ce roman me rappelle un de ses prédécesseurs, Germinal, dans lequel un héros un brin fade, Etienne, observait l’évolution et la déchéance d’une famille à laquelle il s’était attaché bien qu’étranger. Le schéma est quasiment le même dans la Terre, et si Etienne était plus intéressant que Jean, les Fouan sont plus intéressants que les Maheu.

« Le mariage fut arrêté ainsi, un soir qu’il était venu la retrouver, derrière l’étable de la Grande. Une vieille barrière pourrie s’ouvrait là, sur une impasse, et tous deux restèrent accotés, lui dehors, elle dedans, avec le ruisseau de purin qui leur coulait entre les jambes. »
    Ce roman, comme le chef-d’œuvre L’Assommoir en son temps, regorge de symboliques assez peu discrètes. Jean s’attachera à la jeune Françoise et ses sentiments pour elle seront teintés de mauvais présages, que ce soit dans leur première fois, dans l’historique des relations amoureuses de Jean ou dans la belle citation qui précède ce passage (c’est classe les citations du roman en titre de paragraphes, non ?)  dans laquelle la demande en mariage se passe au-dessus d’un ruisseau de purin. Comme d’habitude, Zola y va avec ses gros sabots, mais bon, pour parler de paysans, c’est plutôt approprié, non ?

    Le quinzième roman des Rougon-Macquart n’est pas le plus connu de la série mais est loin d’être le moins réussi. Le rythme est un peu lent à se mettre en place (la première partie est peu accrocheuse, je dois l’avouer) mais les personnages (je ne vous ai pas parlé de La Grande, qui traite animaux et humains de la même façon…) sont truculents et les histoires de succession très intéressantes.

 

http://covers.feedbooks.net/book/129.jpg?size=large&t=1381835355

 

Par Robert Mudas.

Published by Robert Mudas - dans Littérature
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