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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 06:00


T'as bouffé du clown ?

Un film de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro

Avec Dominique Pinon (Louison)
         Jean-Claude Dreyfus (Le boucher)
         Marie-Laure Dougnac (Julie)
         Karin Viard (Mademoiselle Plusse)
Et beaucoup d'autres...

Sorti en 1991

affiche-copie-1.jpg



  Pendant la guerre, c'est bien connu, il fait faim. Alors quand un boucher un poil violent a l'idée saugrenue de servir à ses locataires les restes du nouveau locataire, les autres ne se révoltent pas franchement, mais comptent l'argent dont ils disposent pour se payer à manger la main qu'ils ont serrée la veille.

  C'est dans le climat sordide de cet hôtel que débarque Louison, sympathique clown utopiste traumatisé par la mort de son chimpanzé de partenaire, inoubliable Dominique Pinon ! Louison attire peu à peu à la fois l'affection de certains locataires amusés ou fascinés par son univers magique et l'impatience de ceux pour lesquels la faim se fait sentir.

dreyfus.gif  J'en ai déjà trop dit. Un Jeunet-Caro, ça se déguste sans regarder le menu. Ce sont des scènes purement géniales, pleines de poésie (côté Jeunet ?) et d'horreur (côté Caro ?) à la fois. Et ce ne sont QUE des scènes mémorables, ce qui nous tient immanquablement en haleine tout le long du film.

  Il y a dans ce film toute une étude des personnages, tous principaux et secondaires à la fois, depuis le touchant Louison au boucher sanguinaire, en passant par la bourge suicidaire et l'éleveur d'escargots. Personnages servis par le jeu d'acteurs comme toujours phénoménaux, Dreyfus et Pinon en tête.
  Il y a aussi dans ce film tout un climat d'humour noir visant à tout relativiser : le meurtre, la conspiration politique (ridicules troglodytes). Humour noir à l'instar de la poésie sombre qu'amène Louison avec ses bulles de fumée ou ses morceaux de musique à la scie.

toit.jpg  Finalement ce film me semble être, si ce n'est une réflexion sur la cruauté des rapports humains dans l'environnement de la guerre (une guerre qui n'a jamais été traîtée comme ça !), un manifeste du système D. En effet tous les personnages se débrouillent au moyen de stratagèmes plus ou moins efficaces : le boucher instaure un commerce de la viande humaine, Louison se débrouille sans cesse pour réparer les choses, Julie se débrouille pour lui plaire, la folle invente des stratagèmes hallucinants pour mettre fin à ses jours, l'éleveur d'escargots trouve une alternative à la pénurie de nourriture... Tous se débrouillent dans ce contexte de guerre.
  Nous sommes donc là dans de la débrouille individuelle, dans le sort des civils, dans la démerde urbaine. Musique urbaine encore quand tout l'immeuble vit dans le rythme de la partie de plaisir du boucher. Ce film est un exercice de style sur le thème de l'individu et de ce qu'il peut faire pour survivre (tant sur le plan de la nourriture que de la poésie) dans un environnement sombre.

  On n'est finalement pas très loin de l'excellentissime Cité des enfants perdus, où là-aussi la poésie s'alliait au glauque. Deux auteurs pour deux films à voir de toute urgence.

pinon-copie-1.jpg



Par Robert Mudas

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Published by Robert Mudas - dans Cinéma
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