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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 14:28

Le bonheur n’est pas vraiment dans le pré…

 

http://chantalserriere.blog.lemonde.fr/files/2009/11/la-terre.1258221072.jpg

 

    J’ai un projet de lecture un peu fou depuis quelques années : je me suis décidé à lire tous les romans de la fresque des Rougon-Macquart d’Emile Zola dans l’ordre. Car oui, je lis aussi bien des comics de super-héros que des romans naturalistes, je suis un fou, moi, un vrai déglingo, ouaip. Ou quelqu’un qui pense que la culture passe par différents supports et différents niveaux, comme ce blog veut ou espère le montrer. Bref.
    Donc je lis un à un les romans de maître Zola, j’en suis maintenant au quinzième et c’est un vrai plaisir à chaque fois (à part le cinquième qui m’a paru insupportable, je dois l’admettre). Cet article sera donc mon bilan après la lecture de la Terre, qui n’est pas un des romans les plus connus de Zola mais qui est pourtant efficace et bien construit, et naturaliste au possible !

« Une des deux vaches, qui s’était mise debout, fientait ; et l’on entendit le bruit doux et rythmique des bouses étalées. »
    Comme à chaque tome, Zola nous plonge dans un nouveau milieu social : ici, celui des agriculteurs. Zola ne sera pas doux avec le monde rural, et ses descriptions naturalistes frôlent souvent le dégoût et l’overdose d’immondices dans ce tome, entre les pets festifs de Jesus-Christ (si si) et les fientes d’animaux. Zola nous présente un univers sale et répugnant, mais vu d’une façon particulière puisqu’aucun personnage ne s’en offusque, au contraire cette saleté (pour le citadin) est normale voire même amusante pour les ruraux. On s’interrogera bien sûr sur l’objectivité de Zola par rapport à cela mais on s’amusera en même temps de l’ironie que lui permet ce choix.

« Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. »
    Le rapport à la terre a aussi un côté poétique dans ce livre puisqu’elle est souvent pour les personnages l’objet du désir, et de nombreuses personnifications nous la présentent comme l’épouse la plus fidèle mais aussi la plus sévère. Cette idée est souvent répétée mais elle est très poétique et belle, même si elle mène à des scènes très dures moralement, comme celle où toute une famille abandonne la veillée sans émotion d’un aïeul mort pour aller pleurer devant les cultures saccagées par une averse de grêle. Ce décalage encore une fois ironique ramène bien à l’écriture habituelle de Zola, dénonciatrice des valeurs morales de certains milieux.

« Elle s’en allait sans embrasser son aînée, quand Buteau l’embrassait, blessée, comme si quelqu’un avait bu dans son verre. » http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e6/ZOLA_1902B.jpg
    Le rapport aux Rougon-Macquart est assez faible dans ce tome. Le héros est Jean, le frère de Lisa du Ventre de Paris et de Gervaise de L’Assommoir, mais il n’y fait qu’une seule fois allusion. Comme ses sœurs, c’est quelqu’un de passif et plutôt gentil, que la convoitise et l’obsession peuvent pourtant mener loin. Ancien ouvrier et ancien militaire, il entame un nouveau départ à la campagne où il s’intègre avec quelques difficultés surtout quand des envies de mariage arrivent. Le vrai personnage central du roman, finalement, ce ne sera pas ce Jean un peu fade mais plutôt la famille Fouan, de son vieillard délaissé et exploité par ses enfants (hommage très touchant au Père Goriot de Balzac, à n’en point douter) aux enfants plus ou moins honnêtes, à la moralité plus ou moins douteuse. Parmi eux, il y a Buteau, présenté dès le début comme « celui qui ne séduit pas les femmes par les paroles mais par les poings », dans une relation peu honnête avec Lise, s’introduisant de manière grossière dans la magnifique complicité de deux sœurs que tout séparera petit à petit à cause de ce mari infidèle et malhonnête. La déchéance progressive de ce ménage en particulier et de tous les personnages un tant soit peu honnêtes, habituelle chez Zola, est ici particulièrement éprouvante. En cela, ce roman me rappelle un de ses prédécesseurs, Germinal, dans lequel un héros un brin fade, Etienne, observait l’évolution et la déchéance d’une famille à laquelle il s’était attaché bien qu’étranger. Le schéma est quasiment le même dans la Terre, et si Etienne était plus intéressant que Jean, les Fouan sont plus intéressants que les Maheu.

« Le mariage fut arrêté ainsi, un soir qu’il était venu la retrouver, derrière l’étable de la Grande. Une vieille barrière pourrie s’ouvrait là, sur une impasse, et tous deux restèrent accotés, lui dehors, elle dedans, avec le ruisseau de purin qui leur coulait entre les jambes. »
    Ce roman, comme le chef-d’œuvre L’Assommoir en son temps, regorge de symboliques assez peu discrètes. Jean s’attachera à la jeune Françoise et ses sentiments pour elle seront teintés de mauvais présages, que ce soit dans leur première fois, dans l’historique des relations amoureuses de Jean ou dans la belle citation qui précède ce passage (c’est classe les citations du roman en titre de paragraphes, non ?)  dans laquelle la demande en mariage se passe au-dessus d’un ruisseau de purin. Comme d’habitude, Zola y va avec ses gros sabots, mais bon, pour parler de paysans, c’est plutôt approprié, non ?

    Le quinzième roman des Rougon-Macquart n’est pas le plus connu de la série mais est loin d’être le moins réussi. Le rythme est un peu lent à se mettre en place (la première partie est peu accrocheuse, je dois l’avouer) mais les personnages (je ne vous ai pas parlé de La Grande, qui traite animaux et humains de la même façon…) sont truculents et les histoires de succession très intéressantes.

 

http://covers.feedbooks.net/book/129.jpg?size=large&t=1381835355

 

Par Robert Mudas.

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Published by Robert Mudas - dans Littérature
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