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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 08:00

Le space-opera à la française.

 

Un roman de Pierre Bordage

Premier tome d’une trilogie (suivi par Terra Mater puis La Citadelle Hyponeros)

Paru en 1993

 

http://1.bp.blogspot.com/-KnyLIDMbwLU/TZghpuQ8HrI/AAAAAAAAAjM/VasQ3ueLX2c/s320/bordage-Les-guerriers-du-silence.jpg

 

                Petit, j’ai été éduqué à la littérature SF par mes frères, qui m’ont gavé de Isaac Asimov et de René Barjavel. Mes premiers pas dans la SF ont donc été faits au rythme des robots, de la Fondation, des catastrophes romantiques et de paradoxes temporels. A l’école, j’ai entendu parler de plusieurs grands auteurs : Ray Bradbury, H.G. Wells, Pierre Boulle, Aldous Huxley, George Orwell mais n’ai pas trouvé dans leurs œuvres le souffle épique que j’avais trouvé dans les romans lus dans ma jeunesse. Adolescent, j’ai fait la rencontre d’un fan de Philip K. Dick qui m’a fait découvrir ce fou génial (ou ce « génie fou », au choix) ainsi que Pierre Bordage, écrivain de science-fiction français que je ne connaissais pas du tout.

               http://www.catalogue-science-fiction.fr/auteurs/pierre-bordage/images/pierre-bordage.jpg C’est donc avec la volonté de découvrir et le bon souvenir de la lecture de Wang des années plus tôt que j’ai ouvert le pavé intitulé Les Guerriers du Silence, premier tome d’une trilogie connue et reconnue par beaucoup. On est là dans du space opera ambitieux et réussi. Je préfère le dire tout de suite : non, le space opera, ce n’est pas la scène du Cinquième Elément où une cantatrice chante dans l’espace. Non, c’est une œuvre mélangeant la SF et l’épique, faisant rencontrer à ses héros (généralement très différents et venus de diverses origines) plusieurs mondes, plusieurs civilisations, plusieurs peuples, dans une immensité que le contexte de l’espace infini permet largement. Ajoutez à ça des conflits de grande ampleur, des enjeux géopolitiques, toute une Histoire souvent imaginée par l’auteur pour amener de la Terre que l’on connaît à cette situation futuriste, et très souvent, trop souvent peut-être, un petit côté manichéen un poil désuet face à la richesse de l’univers créé : vous voilà avec un space opera.

                Pour le mec du fond qu’a pas compris : oui, un space opera, c’est « comme Star Wars ».

                Voilà, on y est.

 

                Ma référence à Star Wars n’est pas innocente, puisque Bordage a avoué lui-même avoir été influencé par cette œuvre majeure. Ici, pas d’Empire ni de Rébellion, quoique presque, puisque le conflit entre deux institutions opposées, ne monte que progressivement dans le premier roman. D’un côté, les Scaythes d’Hyponéros, télépathes ultra-puissants, manipulateurs et très organisés qui s’imposent petit à petit à tous les niveaux des grandes organisations planétaires avant d’entamer un coup d’état imparable ; de l’autre l’ordre des chevaliers absourates, derniers bastions de la science inddique, dont les héritiers seront les fameux Guerriers du Silence. Beaucoup de mots compliqués, c’est certain, beaucoup d’organisations géopolitiques à retenir, alors que finalement on pourrait facilement résumer par : les Jedis, qui maîtrisent la Force, se battent contre l’Empire.

                 Je compare, mais ce n’est pas une critique, car il paraît impossible de totalement se détacher d’une saga comme Star Wars quand on s’attaque à ce sous-genre de la SF qu’est le space opera. De plus, Bordage choisit d’énormément développer son monde, en créant vraiment l’Histoire, la civilisation et la mythologie de chacun des mondes évoqués ou visités, ainsi qu’en proposant énormément de personnages, qui ne cohabitent pas tous, qui ne se connaissent même pas, mais qui participent à leur manière tous à la même histoire.

                Au bout d’un moment, deux personnages deviennent plus importants que les autres : Tixu Oty, un employé sans grand intérêt d’une compagnie de transferts par téléportation, qui plaque tout pour sauver Aphykit, une fille d’un maître de la science inddique, recherchée par des individus inquiétants. Ces deux là mettront du temps à se trouver et à se retrouver, et sur le chemin de cette femme, Tixu évoluera totalement jusqu’à devenir lui-aussi un Héros capable de s’opposer à la force des Scaythes. La trame du récit de formation est totalement respectée, avec ses formateurs, ses péripéties et son voyage de découverte.

 

                La qualité de cette œuvre est donc la grande richesse, comme je l’ai mentionné un peu avant. Mais c’est peut-être là aussi son défaut, puisqu’on a tendance à se perdre entre tous ces personnages que l’on ne reconnaît pas forcément, d’autant plus que deux chapitres successifs ne suivront jamais les mêmes personnages. On met donc du temps à s’attacher à quelqu’un, à comprendre de quoi il est question, ou même à identifier les forces en présence, et cela nuit beaucoup à l’immersion du lecteur. De plus, le rythme du roman n’est pas des plus fluides, avec des scènes de massacres des autorités par les Scaythes et leurs mercenaires un poil répétitives et attendues. Le dernier tiers, une fois les forces en présence identifiées et les personnages retrouvés, est véritablement épique et réussi et donne envie de lire la suite, avec des retournements de situation, des révélations et des évolutions qui donnent beaucoup de sens et de sel à l’histoire, mais ce dernier tiers arrive après 300-400 pages assez denses à lire, avouons-le.

                Côté style, il y a un côté poétique que j’apprécie pas mal, mais aussi un côté réaliste voire trivial qui m’a parfois un peu gêné (j’ai repéré plusieurs fois l’expression « il sentit son sphincter se contracter », qui personnellement ne m’a pas envoyé le rêve que j’attends d’un space opera !). Bordage ne signe donc pas là une œuvre capable de détrôner dans mes goûts le cycle de Fondation d’Asimov, mais propose un début de space opera véritablement ambitieux et plutôt enthousiasmant. Il est certain que je lirai la suite, probablement bien meilleure puisqu’il n’y sera plus temps de présenter l’univers et les forces en présence, mais pas tout de suite, le temps de digérer cette œuvre imposante et conséquente.

 

PS : Mon professionnalisme d'amateur m'oblige à préciser qu'il existe une BD inspirée du roman de Bordage. Mais ne l'ayant pas lu, je n'en parlerai pas. Enfin, là j'en ai parlé, mais j'en parlerai pas plus. Bref, vous m'avez compris.

 

Par Robert Mudas.

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Published by Robert Mudas - dans Littérature
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