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Artiste : Eddy de Pretto
Titre : Cure
2018

" C'est qui ce mec ?"
C'est la première réaction qui vient quand on entend parler pour la première fois d'Eddy de Pretto. Si on le découvre à la radio, on se demande quel genre on est en train d'écouter, entre le rap et la chanson à texte. Si on voit un de ses clips, on reste interloqué par son jeu sur sa propre sexualisation alors qu'il n'a pas du tout le physique de l'emploi. Si on le découvre avec un live, on reste encore davantage troublé par sa posture et son regard tenace de bad boy contrastant avec sa tronche singulière de petit blanc roux.
Les lives d'Eddy de Pretto me rappellent un peu, par leur caractère étrange, ceux de Stromae à l'époque où le monsieur nous faisait encore l'honneur de chanter, en moins chorégraphiés : une représentation très jouée, des textes appuyés. Souvent des vieux micros rétro. Souvent un torse nu de kéké ou des habits totalement démodés. Parfois un téléphone portable à la main qu'il utilise pour se filmer pendant qu'il chante.
C'est ce dernier élément qui m'invite à trouver une symbolique particulière : celle de l'apparence. Tout en ce type fait réfléchir au physique, au paraître, à notre propre facilité à le juger à sa tronche singulière, à son homosexualité affirmée, ou à ses allures de bad boy. Autant de facettes pour peut-être nous dire que chacun peut jouer de cela et qu'il ne faut pas s'arrêter aux apparences. Les paroles me confirment ma théorie : "Tu brilleras par ta force physique / Ton allure dominante, ta posture de caïd / Et ton sexe triomphant pour mépriser les faibles". S'il y a bien un thème que cet artiste aime traiter, c'est la question de l'apparence mais aussi et surtout du formatage de celle-ci par la société.

Homo, banlieusard et amateur de chanson francophone, Eddy de Pretto a probablement eu toutes les raisons d'être confronté au regard des autres et il décide d'en jouer, et même de l'utiliser pour sa création artistique. Et son album en ressort magnifique, touchant par tant de réalisme tout en étant choquant par ses paroles crues parfois. Ses textes sont parfois mystérieux et demandent un certain investissement pour leur interprétation (ce qui fait du bien !). De mon côté, je trouve une belle et osée chanson d'amour avec Jimmy et son refrain entêtant, un retour sur sa jeunesse dans la banlieue de Créteil avec Beaulieue, une très sensible réflexion sur l'apparence dans le rapport de séduction avec Desmurs, ou encore une émouvante plainte sur l'insécurité amoureuse avec Honey. Bouquet presque final : un texte complètement dingue sur des rapports familiaux difficiles avec Mamère : "Promis un jour j'y arriverai / A te regarder tout simplement / Sans en vouloir à la Terre entière / Un jour je t'appellerai Maman".
Trois chansons à étudier absolument sur les questions de société dont nous avons parlé précédemment : Kid et Genre sur la question de la masculinité. On parle beaucoup de l'image donnée aux femmes dans notre société en ce moment et, de l'autre côté, Eddy de Pretto nous rappelle que le garçon est lui-aussi dominé par une esthétique valorisant à tout prix ce qu'il appelle la "virilité abusive". C'est très vrai, et bien dit. Dans Normal, il joue sur la provocation qui est sa carte de visite pour interroger l'homophobie : "Mais jeune homme, sais-tu seulement / Que j'me maquille pour t'rentrer dedans ?"
Ces perles musicales éclipsent peu à peu le tube populaire qui l'a pourtant fait connaître : Fête de trop. Si bien que ce titre, pourtant point d'entrée indispensable dans l'univers de l'artiste, devient vite le moins aimé du CD par les amateurs, qui lui préfèrent les chansons précédemment citées. Je crois sincèrement qu'on touche là la recette de l'œuvre réussie.

Liste des pistes :
1 - Début
2 - Random
3 - Rue de Moscou
4 - Jimmy
5 - Beaulieue
6 - Quartier des Lunes
7 - Desmurs
8 - Kid
9 - Normal
10 - Honey
11 - Genre
12 - Ego
13 - Mamère
14 - Fête de trop
15 - Musique basse
Par Robert Mudas.