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Chroniques culturelles : cinéma, musique, littérature, bande dessinée, jeux de société, jeux vidéos, séries télévisées.

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Jurassic World : Fallen Kingdom

Un royaume tombé bien bas...

Un film de Juan Antonio Bayona

Etats-Unis

2018

 

Avec :

Chris Pratt  : Owen Grady

Bryce Dallas Howard : Claire Dearing

Rafe Spall : Eli Mills

(Non je ne mettrai pas Jeff Golfblum dans la distribution tellement son rôle est seulement un prétexte à une voix off dogmatique comme trop de productions américaines nous proposent maintenant...)

J'ai beaucoup d'affection pour la saga Jurassic Park. Quand j'étais un petit garçon passionné par les dinosaures, - vous savez, ce petit garçon qui a dans sa chambre les squelettes fluo de dinosaures à construire avec la collection des Editions Atlas -, le premier Jurassic Park est sorti. Il y a vingt-cinq ans, oui. Ca a été un choc pour moi... alors même que mes parents m'avaient interdit d'aller le voir au cinéma. Je me contentais de photos de tournage et d'articles pour m'enthousiasmer. Puis, j'ai pu le voir à la télé, et ça a été la claque. Un chef-d'oeuvre, plaisant à la fois au passionné de dinosaures et à l'apprenti-cinéphile que j'étais (cette scène des raptors dans la cuisine !).

A partir de là, j'étais définitivement conquis, et chaque film de la saga était un événement pour moi. J'ai vu chacun au cinéma (l'enfant à qui on avait interdit le 1 se sentant victorieux en achetant son billet), m'enthousiasmant toujours, oubliant les incohérences du Monde Perdu tellement les scènes y étaient spectaculaires. Quand je dis que je suis fan : j'ai même trouvé le 3 divertissant. Voilà, tout est dit.

Le presque « reboot » moderne de la saga avec Jurassic World a logiquement été un événement pour moi. Eclipsant à mes yeux le retour de Star Wars (et c'est là que tout est dit, en fait). Beaucoup d'incohérences me faisant sortir du film régulièrement, mais de très belles scènes et un scénario présentant ce que le 1 ne faisait que nous faire imaginer : un parc d'attraction avec des dinosaures. L'enfant en moi était conquis.

C'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que je suis allé voir Jurassic World : Fallen Kingdom. Je le pressentais comme un remake du Monde Perdu comme le précédent était un remake du tout premier... Vous me suivez ? Bref. Et puis, Bayona à la réalisation, ça faisait un peu rêver, quand même : le réalisateur de The impossible et de L'Orphelinat, chacun de ces deux films proposant de bonnes trouvailles et surtout un belle façon d'instaurer une tension soutenue. Dès le début du film, j'ai compris que j'allais être déçu. Et, de déçu à effaré et ennuyé, le sentiment a été de pire en pire au cours du film. Tellement que j'ai eu besoin d'écrire sur ce film, ressuscitant même pour l'occasion ce bon vieux blog. Et comme je lisais quelques critiques positives sur ce film (mais sérieusement ?), je voudrais les contrebalancer un peu. Je risque de spoiler pas mal, par contre, je préfère prévenir...

Le pitch : un volcan va exploser sur l'île de Jurassic World. Ca, c'est quand même ballot quand on y pense, parce qu'on a fait un parc d'attraction autour d'un volcan visiblement actif. Ok, le parc a fermé à cause d'une catastrophe, mais il devait être encore ouvert normalement, je suppose, non ? Première incohérence dès le début du film. On comprend la bonne volonté : innover, changer la donne de la saga (comme le dernier Star Wars l'avait fait, par exemple, c'est la mode en ce moment), introduire un élément inédit dans une saga aux codes connus. Alors oui, les coulées de lave dans un environnement préhistorique, c'est classe, mais là ça ne marche tout simplement pas ! Surtout que c'est de la lave de mauvais téléfilm d'aventure, qui coule et qui te brûle même pas quand elle te frôle... En témoigne cette scène totalement pathétique où le personnage de Chris Pratt voit la lave arriver vers lui, engloutissant une carcasse de dinosaure, alors qu'il est drogué et incapable de bouger. Il retrouve petit à petit l'usage de son corps et parvient à se glisser derrière un tronc d'arbre que la lave ne détruit pas et contourne. QUE LA LAVE NE DETRUIT PAS, vous avez bien entendu... Ok. Donc, on est dans du cinéma d'aventure raté, soit.

Reprenons le pitch : l'île va brûler, les dinosaures vont mourir. Question de départ, débat moral : faut-il sauver les bestioles ? Pas con, comme questionnement. Faut-il les laisser mourir comme nos créations artificielles, tellement dangereuses qui plus est ? Ou faut-il les sauver comme des êtres vivants, avec la responsabilité de ce qu'on a créé ? La question est vraiment intelligente, encore une bonne idée en fait !, et on sent qu'elle correspond à l'air du temps, à cette époque où le veganisme voire l'animalisme se font entendre, et où le sujet du bac de français en parle. Bref. Bonne idée, donc, mais encore une fois, le film ne sait pas quoi en faire ! Les héros partent sauver les dinosaures sur l'île, avec deux boulets avec eux (mais pourquoi ? C'est quoi cette strike-team ?) avec des militaires à l'air méchant et grâce à un riche philanthrope. Vous le sentez venir, le manichéisme à deux euros ? Et oui, surprise !, sur ordre du finalement très méchant riche qui veut vendre les dinosaures aux enchères et qui se fiche totalement de la cause animale, les militaires qui sont si méchants avec les animaux, cruels bourreaux sans cœur, se retournent contre les héros une fois qu'ils les ont aidés et mettent sans ménagement les dinosaures dans des cages sur un bateau. Je ne sais pas pour vous, mais moi le coup du méchant riche sans cœur et du méchant militaire sans compassion, je n'en peux plus. C'est pas subtil, et puis c'est quoi le message, franchement ? C'est censé satisfaire le spectateur qui se dit « moi, j'ai pas d'argent mais je m'en fous, j'ai du cœur et j'aime les animaux ? Mais le film est produit par qui, en vrai ? Hollywood, milieu de l'argent qui finance des films qui taclent le milieu de l'argent, mais qui finissent souvent médiocres à cause même de la volonté des studios... Quand on y pense, tout cela est un peu vain. Cette gêne ne touche pas que Jurassic World 2, mais ce paradoxe m'ennuie de plus en plus au cinéma.

Bref.

A partir de là, le film change totalement d'ambiance. Les héros s'engouffrent sur le bateau clandestinement (oui, car les méchants ont laissé une jeep avec les clés sur le contact pile devant l'embarcadère, ils sont vraiment pas organisés) et essaient de soigner le pauvre petit raptor cruellement blessé. En faisant des slaloms entre les dents d'un T-Rex presque endormi, au passage. Oui, je sais, ça a l'air confus mais je retranscris tel quel, moi. Pas de gros drame sur le bateau (dommage) et tout ce beau monde (perdu !) arrive dans le manoir du méchant riche qui a prévu, à l'insu du propriétaire mourant qu'il manipule, des cages adaptées dans un complexe secret en sous-sol. Wait... un complexe secret où l'on cache des brachiosaures et des T-Rex à l'insu de tous ? Dans un sous-sol ? D'une maison ? Mais sérieusement, vous vous êtes relus ?

Au passage, les méchants ont aussi créé un nouveau dinosaure, parce que c'est rigolo. Je n'étais déjà pas fan de la création de l'Indominus Rex dans Jurassic World que je trouvais ridicule : les dinosaures suffisent, pas besoin d'en créer de nouveau, ce n'est pas vraiment le principe de la saga... Mais là, on ajouté à l'Indominus Rex de l'ADN de raptor et on a ainsi fait... L'Indoraptor ! « Minute, les gars, ce mot ne veut rien dire. Autant Indominus Rex ça sonne latin, ça pourrait passer, mais là, c'est ridicule tellement on a juste fusionné deux mots qui vont pas ensemble, ça n'a pas de sens. En plus, les spectateurs français vont juste imaginer un raptor qui s'approche en chantant « Egaré dans la vallée infernale, le héros s'appelle Owen Grady ». Non, vraiment, on garde ? Bon, ok, je retourne à ma coulée de lave. »

Et les héros dans tout ça ? Et bien ils n'ont strictement rien d'héroïque... Ils parviennent à s'échapper (pourquoi le méchant les a-t-il gardés en vie alors qu'il n'a pas hésité à tuer le proprio du manoir ? Non, bon, ok.) et décident de libérer les dinosaures pour mettre le bazar dans la salle des ventes. Ah ah, quels joyeux plaisantins, ces héros, qu'est-ce qu'on rigole en libérant des dinosaures pour qu'ils DEFONCENT littéralement de méchants riches... Hmm... Au passage, (ATTENTION GROS SPOIL) ils emmènent avec eux la petite fille du proprio, trop mignonne, gentille et passionnée par les dinos.. Ok, il était légitime de la sauver, mais au moment où les héros lui proposent de l'accompagner, ils n'en savent strictement rien. CELA S'APPELLE DU KIDNAPPING, et c'est un peu puni par la loi ! De bien beaux héros. On en rajoute ? Un mystère entoure la naissance de la petite fille trop mignonne et le méchant annonce qu'en fait, ah ah, tu n'es qu'un clone, tu n'as même pas de maman, na, juste avant qu'un raptor attaque et mette fin à la question. Le film n'en reparlera jamais plus. Voilà. C'EST UN PUTAIN DE CLONE, quoi ! Bayona a probablement voulu introduire là la question de l'éthique, des dérives scientifiques possibles, mais on devine qu'Hollywood (les méchants riches... vous l'avez ?) est passée derrière pour couper les scènes. Si bien que ça tombe comme un cheveu sur la soupe et que tout le monde s'en contrefout. Le spectateur aussi.

Joyeux bordel, donc, plein d'animaux libérés, les méchants quittent le manoir, mais pas les gentils (??????) qui luttent contre le vil Indoraptor qui hante la chambre de la gamine comme un croquemitaine. On sent que Bayona a voulu insuffler ici une atmosphère de film d'horreur et c'est peut-être la scène la plus réussie, mais l'histoire de ce dino artificiel est si ridicule et le concept même d'un huis-clos avec des dinosaures si crétin que le truc ne sert à rien et qu'on assiste le regard vide à des péripéties interminables et sans enjeu. A nouveau, la volonté de changer les codes de la saga n'était pas mauvaise, mais le pitch aurait mérité davantage de travail. Et puis, si on veut changer les codes, pourquoi TOUS les rejouer un par un ? La voiture-balle, déjà vue dans le film précédent, le T-Rex qui vient boulotter le carnivore qui était en train d'ennuyer les héros, le thème musical utilisé à la moindre occasion... on aura tout, et une grosse impression de déjà-vu.

La fin maintenant. A cause d'un gaz mortel libéré par erreur (cherchez pas...), les dinosaures en cage vont mourir. Zut. Les héros hésitent devant le bouton qui pourrait les libérer : doit-on les tuer ou les laisser vivre parmi nous ? Revoilà le débat moral et, s'il est pertinent, on ne comprend pas pourquoi les héros l'ont alors qu'ils ont fait tout ça pour les sauver ! Ce que résout finalement LE PUTAIN DE CLONE en libérant les sauriens (sûrement qu'entre créations scientifiques, ils se comprennent), et le final annonce un nouveau point de départ pour la saga : les dinosaures sont libérés et évoluent maintenant parmi nous, sur le continent américain. Etrange fin, qui ne m'enthousiasme guère. Au même moment, au cinéma, Thanos laissait lui-aussi une trace indélibile dans l'univers Marvel. L'heure est-elle aux fins apocalyptiques remettant à zéro les grandes sagas ? Ce n'est pas pour me déplaire. Sauf que dans le cas d'Avengers, le film est réussi...

Par Robert Mudas.

A lire aussi :

  • Toi aussi, entre dans le débat moral et sauve les dinosaures de l'extinction dans le jeu Evo.

  • Sinon, quitte à faire n'importe quoi, autant l'assumer et jouer des dinosaures-ninjas dans Smash Up.


 

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