Chroniques culturelles : cinéma, musique, littérature, bande dessinée, jeux de société, jeux vidéos, séries télévisées.
Une série créée par Kyan Khojandi et Bruno Muschio.
France
Première diffusion : 2011
Avec :
Kyan Khojandi : Le personnage principal
Alice David : La fille
Kheiron : Kheiron
Bérangère Krief : Marla
Mikaël Alhawi : Ben
Série achevée en 82 épisodes, disponible en DVD.
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Bref : je crois que pour toute une génération, il a été difficile de passer à côté de Bref. Et c’est finalement assez logique puisque Bref est en elle-même une série générationnelle, qui s’adresse clairement à une certaine catégorie de gens, à une certaine classe sociale, à une certaine tranche d’âge. A la génération qui va en faire le buzz sur Facebook, à la génération qui va se remettre à regarder le Grand Journal seulement pour tomber sur le nouvel épisode, à la génération qui va reprendre et parodier ce qui deviendra ainsi un phénomène.
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Bref, c’est le type même du truc où on se dit « Hé, mais c’est trop vrai », du truc où on se reconnaît, du truc où on se dit que c’est pas possible, que les scénaristes ont forcément mis une caméra dans notre appartement. Assez peu de choses ont eu cet effet, je trouve (peut-être l’humour de Gad Elmaleh et encore je n’y accroche personnellement que peu). Chez moi, ce sont les Bref je suis comme tout le monde et Bref, j’ai trente ans qui m’ont le plus marqué, mais chacun a ses préférés et il y a vraiment de quoi faire car si tout n’est pas de qualité égale, il y a néanmoins beaucoup d’excellents épisodes.
Bref, c’est seulement le quotidien d’un trentenaire parisien qui nous parle de son quotidien et par ce biais de notre quotidien. Le format est bref, forcément : à peine deux-trois minutes sur un rythme très vif, avec une narration et une mise en scène très spécifique et très marquée (et donc très facile à parodier, d’où le buzz !).Les thèmes abordés sont très larges : la famille, les amis, le travail, les histoires sentimentales, les plans-cul, mais le tout avec une sincérité et une véracité déconcertante qui peuvent à la fois nous faire hurler de rire et nous toucher. Bref parvient grâce à un équilibrage magnifique à ne pas basculer dans l’humour potache seul (à la Palmashow par exemple, que j’aime beaucoup cependant). En effet, à côté de l’humour, il y a parfois une vraie émotion (le Bref je suis vieille m’a sincèrement fait pleurer), ainsi qu’une qualité artistique indéniable, notamment dans la narration (Bref, j’aime bien cette photo pour ne citer qu’un exemple).

Bref, c’est donc une idée, une écriture et une réalisation terriblement efficaces, c’est beaucoup de talent réuni dans une équipe très bien trouvée : en tête Kyan Khojandi, dont on va clairement entendre à nouveau parler tant il a du génie. Déjà connu pour son Festival de Kyan que je ne connaissais pas mais que je trouve véritablement excellent maintenant que j’ai regardé ça à rebours, Kyan incarne à la fois le mec lambda dans la série et quelqu’un d’extrêmement drôle, intelligent et créatif dans la réalité. A ses côtés, Bruno Muschio, que pour le coup je connaissais déjà en tant que Navo pour son excellente Bande pas dessinée et qui montre des talents d’écriture que je respecte beaucoup. Au casting, toute une troupe qui renouvelle depuis la série la distribution des sketchs et spectacles comiques de France : Bérengère Krief et Kheiron, au succès très mérité, pour ne citer qu’eux. Une seule fausse note au casting selon moi : Alice David, certes magnifique, mais à mes yeux trop peu à la hauteur face à la justesse et à la précision du reste du casting.

Bref, ça a été une fin assez abrupte au bout d’un an, alors que le succès était indéniable et au rendez-vous. Beaucoup ont été frustrés par cet arrêt volontaire en plein sommet mais avec le recul, je réalise que leur choix d’arrêter car tout avait été selon eux dit, d’arrêter avant de tourner en rond, d’arrêter avant de discréditer par une suite de trop une œuvre complète et réussie, et bien ce choix est largement compréhensible et même remarquable dans une culture où l’on a tendance à aller trop loin et trop user les idées qui fonctionnent. D’autant plus que la fin de la série montre une certaine tension, un certain fil rouge qui unit les épisodes, qui aurait sur la durée cassé le principe initial.

Bref. Bref, c’est selon moi la série qui représente, par son audace, par la banalité de son propos, par sa créativité, par son originalité dans la forme et dans le traitement, ma génération. Et je voue un respect absolu à ses auteurs et leur souhaite un énorme succès totalement mérité pour la suite de leurs aventures.
Bref, c’est pour cela que j’ai fait un article sur Bref.
Par Robert Mudas.