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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 11:15

Le Civilization-light

 

Editions Repos Production

Un jeu de Antoine Bauza

Illustré par Miguel Coimbra

2011

 

De 2 à 7 joueurs

45 minutes

40 euros

 

http://www.antoinebauza.fr/wp-content/uploads/7WONDERS_PACKSHOT.png

 

7 Wonders a été un réel carton dans la communauté ludique. A condition de s’intéresser un tout petit peu aux jeux de société, on en a forcément entendu parler, ou on l’a vu jouer en club ou en démo. Il a été un vrai succès commercial et s’il a beaucoup de qualités, je préfère dire tout de suite qu’il ne fait pas partie pour moi de mon top 5 des jeux de société. Mais je dois avouer que ses qualités font qu’il mérite amplement sa place dans toute ludothèque digne de ce nom.

 

Vous l’avez compris avec le titre : chaque joueur dirige une civilisation marquée par sa merveille du monde antique. Chaque merveille a évidemment ses caractéristiques : une ressource qu’elle est la seule à produire, pour commencer, et un pouvoir spécifique débloqué quand on construira nos étapes de merveille. Tout pour ressembler à un jeu de civilisation long, complexe et dense, ce qu'on appelle les "civilization-like". Et bien non ! Les géniaux auteurs ont trouvé les mécanismes idéaux pour rendre le jeu fluide, rapide et léger.

Le mécanisme est celui du draft. Il sera beaucoup utilisé ensuite dans les jeux de société, mais il faut rendre à 7 Wonders ce qui appartient à 7 Wonders : c’est lui qui a commencé. Le draft consiste à recevoir une main de plusieurs cartes de notre voisin, en choisir une et repasser la main de cartes à l’autre voisin. C’est-à-dire, et c’est assez perturbant au début, que vous n’élaborez pas de stratégie en fonction de votre jeu car vous n’avez PAS de jeu : vous devez vous adapter à chaque tour en fonction de ce qu’on vous donne en main. Il faudra donc choisir la meilleure carte pour nous à chaque moment, ce qui implique de vrais dilemmes tactiques. Ajoutons à cela que la carte que l’on prend ne sera évidemment pas dans ce que nous passons au voisin… Les plus subtils (ou agressifs, au choix) comprendront donc qu’il est parfois possible de jouer contre son voisin en lui prenant les cartes qui l’intéressent.

 

http://www.jeuxdenim.be/images/jeux/7Wonders_large06.jpg

 

Quelles sont-elles ces cartes ? Il y a 7 couleurs de cartes (de toute façon, vous l’aurez compris, tout est par 7 dans ce jeu…). Les marrons sont des ressources primaires, qui seront nécessaires pour pouvoir construire beaucoup de bâtiments (poser des cartes en fait…). Là encore, quand la plupart des jeux manifestent les ressources par ces fameux cubes en bois ou jetons, 7 Wonders innove et simplifie : à chaque tour, vous savez que vous disposez des ressources proposées par les cartes posées devant vous, et vous pouvez ainsi construire des bâtiments les nécessitant, mais il n’y a aucune ressource à « payer », cela restant virtuel. Ce qui donne une vraie fluidité au jeu, puisqu’il n’y a aucun échange à faire, tout le monde jouant en simultané en fonction de ce qu’il peut jouer. Exemplaire.

Les cartes grises sont des ressources secondaires, demandées par des cartes plus avancées. Les cartes bleues proposent des points de victoire fixes pour la fin de partie. Les cartes jaunes permettent de gagner de l’argent ou de favoriser les échanges avec les voisins. Oui, car échange il y a ! En effet, si vous ne disposez pas d’une ressource, vous pouvez l’acheter au voisin s’il l’a. Là encore, pas d’échange de jeton, tout est simplifié : vous avez besoin de la ressource possédée par le voisin ? Vous lui donnez trois pièces et on considère que vous avez cette ressource pour ce tour.

Les cartes vertes sont les bâtiments scientifiques, et ils proposent des points de victoire variables. Le comptage est alors compliqué : chaque carte propose un symbole scientifique parmi trois. A la fin de la partie, chaque joueur gagnera des points en fonction de ses cartes vertes : pour chaque symbole, le carré du nombre de cartes possédant ce symbole, et pour chaque trio des trois symboles 7 points. C’est très compliqué, mais ça peut très vite payer. Les cartes violettes, les guildes, de même, donneront des points de victoire variables en fonction des stratégies et développements choisis par les joueurs voisins.

Les cartes rouges, enfin, sont les cartes militaires. Trois fois dans la partie, on va comparer la force militaire de chaque joueur à celle de ses voisins. S’il est plus fort, il gagne des points, s’il est moins fort, il en perd. A savoir que les points gagnés sont de plus en plus forts, mais les points perdus toujours assez légers, ce qui rend le militaire profitable si on s’y lance mais pas forcément très pénalisant si on ne le choisit pas. Et heureusement, car deux voisins belliqueux peuvent souvent se livrer à une vrai surenchère… qui touchera forcément par rebond les autres joueurs !

Ces trois moments où l’on va comparer les forces militaires, ce sont la fin de chaque âge. Un âge, c’est 6 cartes jouées. Au bout de trois âges, donc 18 cartes, la partie est finie. D’une simplicité et d’une rapidité déconcertantes, qu’on vous disait ! Les cartes des âges sont différentes et de plus en plus compliquées à construire au niveau des ressources demandées. Et là, les auteurs ont encore eu une idée de génie : le chaînage. Certaines cartes de l’âge 1 permettent la construction gratuite (c’est-à-dire sans avoir besoin d’avoir les ressources nécessaires) d’une carte correspondante de l’âge 2, qui elle-même permettra la construction d’une carte de l’âge 3. Ces chaînages sont un élément crucial du jeu car il permet de s’en sortir même sans avoir beaucoup de ressources, et permettent de belles stratégies. Le scientifique, notamment, si compliqué, offre à l’âge 2 deux chaînages possibles !

 

http://www.jedisjeux.net/img/800/7-wonders-49-1281430889.jpg

 

Voilà ! Vous savez tout des règles de ce jeu ! Ca paraît compliqué et dense à l’explication mais le jeu est au final d’une fluidité remarquable : il suffit de choisir parmi une main de 2 à 7 cartes la carte dont on a vraiment besoin. Je n’approfondirai pas inutilement en mentionnant la construction des étages de merveille ou les différents pouvoirs, je laisse découvrir cela aux joueurs, mais je voudrais maintenant nuancer ce tableau éclatant de facilité et d’efficacité par quelques petits défauts.

Le jeu cherche, comme je l’ai dit, la simplicité et la rapidité en nous faisant seulement interagir avec nos deux voisins. Si c’est une excellente idée par rapport au fait que cela permet de jouer à 7 à un jeu de société qui n’est pas interminable, grâce à l’absence de tour-à-tour, c’est aussi un défaut car souvent il est totalement impossible de bloquer un joueur plus loin que notre voisin immédiat. Certes, on pourra à la rigueur construire une carte dont il a besoin pour un chaînage ou pour quelque stratégie payante, mais c’est le strict minimum et tout dépendra (pour le commerce ou le militaire) de vos voisins directs, ce qui peut rendre le jeu inéquitable.

Au final, si souvent les joueurs trouvent ce jeu subtil et intéressant dans ses stratégies et mécanismes, ils sont parfois un peu frustrés à cause de cet aléa qui est la place de départ et donc les voisins directs de chacun. C’est un peu dommage pour un jeu dont le comptage des points est intelligent et recherché. Mais le jeu a connu un vrai succès, à mon avis pour sa particularité d’être jouable à 7 rapidement, idéale pour tous les clubs de jeux !, et pour ses mécanismes novateurs et très ludiques. De plus, les différentes merveilles appellent chacune différents pouvoirs et différentes stratégies qui rendent le jeu très renouvelable. Et c’est sans compter sur l’éditeur Repos Productiions, adepte d’extensions et de goodies, qui n’hésite pas à y aller violemment dans la com et dans l’édition de nouvelles merveilles plus ou moins sérieuses, et qui fait ainsi vivre et revivre son jeu.

 

http://www.ludoshop.com/img/7_Wonders_manneken_pis_plateau.jpg

 

 

 

Extension : Leaders

 

http://www.krinein.com/img_oc/big/26229.jpg


                La première extension est venue à point nommé pour redonner du souffle au jeu qui ne s’épuisait pas tant que cela mais qui avait peut-être un peu perdu de son intérêt auprès des joueurs experts, un peu lassés de le sortir dès qu’un débutant était à la table de jeu.

                Leaders ne propose qu’un tout léger changement au niveau de la règle mais un changement très intéressant au niveau de la stratégie. En effet, maintenant, avant chacun des trois âges, chaque joueur peut embaucher un leader, qu’il devra payer, et qui lui donnera un pouvoir permanent pour toute la partie ou alors un nouveau moyen de gagner des points de victoire en fin de partie. Cela peut être anecdotique (deux points de victoire en plus au comptage final), ou très lucratif en cas de spécialisation (chaque carte scientifique rapporte un point supplémentaire) ou enfin très pratique (une réduction d’une ressource sur chaque carte militaire), les exemples entre parenthèses ne constituant que trois cartes parmi les trente-six existantes !

                Ces leaders sont choisis par les joueurs dans un mécanisme de draft initial très logique puisqu’il s’agit de la marque de fabrique du jeu de base. Cela peut être un poil rageant quand le voisin récupère avant nous le leader convoité, mais cela a aussi toujours été propre au jeu.

                Par rapport aux mécanismes de jeu, rien de nouveau mais il faudra maintenant surveiller un peu plus l’argent pour avoir de quoi payer notre leader entre chaque âge ! Cela change un peu notre rapport à l’argent et cela nous propose aussi une stratégie dès le début de la partie.

                Signalons aussi de nouvelles guildes qui s’intègrent parfaitement à l’ambiance du jeu ainsi qu’une nouvelle merveille, Rome, qui permet de profiter pleinement des leaders, mais qui ne propose aucune ressource de départ !

                En bref, l’extension n’est pas indispensable mais elle renouvelle et approfondit le jeu tout en gardant son mécanisme, sa simplicité et son esprit.

 

http://www.jedisjeux.net/img/800/7-wonders-leaders-49-1303388911.png

 

Ma conscience de chroniqueur m'oblige à dire qu'il existe aussi une deuxième extension, Cities, que je n'ai pas encore essayée et sur laquelle je ne me permettrais donc pas encore de me prononcer !

 

Par Robert Mudas.

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Published by Robert Mudas - dans Jeux de société
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