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Un film de Neill Blomkamp
Etats-Unis / Nouvelle-Zélande / Afrique du Sud
2009
Avec :
Sharlto Copley : Wikus Van Der Merwe
Nathalie Boltt : Sarah Livingstone
Jason Cope : Grey Bradnam
Ce qui est marrant, c’est que District 9 parle d’extraterrestres et pourrait être considéré comme un OCNI (Objet Cinématographique Non Identifié). Neill Blomkamp, nouveau-venu protégé de Peter Jackson, nous livre ici un premier film époustouflant, surprenant d’inventivité et d’audace. Les codes classiques de la Science-Fiction sont bien là mais approfondis et utilisés en vue d’une critique de notre tolérance à l’immigration absolument géniale. La SF a toujours eu pour but de dessiner le futur afin de critiquer le présent, jusqu’ici rien de nouveau. Mais ici, l’idée est férocement originale : District 9 nous parle de l’arrivée d’extra-terrestres, mais une arrivée qui s’est passée 28 ans avant le début de l’histoire. Pas de gros vaisseaux vus de l’espace ni d’explosion de la Maison-Blanche donc : les extra-terrestres ne sont pas des envahisseurs dans ce film, ils sont des réfugiés.
Le film nous surprend avec cette idée de départ, qu’il va nous expliquer petit à petit dans un début in medias res déstabilisant. Histoire d’encore plus nous troubler, il est filmé caméra sur l’épaule comme un documentaire nous présentant le quotidien des hommes chargés d’encadrer la vie des ces « crevettes », comme on les appelle, parquées dans un camp les isolant de la population humaine pour plus de sûreté.
Le sujet du film va donc être la tolérance et notre regard vis-à-vis de la différence, et rarement une œuvre de science-fiction sera allée aussi loin dans cette critique implicite de nos comportements. Ajoutez à cela que l’intrigue se passe en Amérique du Sud et allez-y gaiement dans toutes sortes d’interprétations totalement justifiées et bienvenues.
Le film va suivre l’histoire de Wikus, un fieffé connard agent de terrain chargé de parcourir le District 9 pour recenser ces aliens et récupérer leurs armes et technologies potentiellement dangereuses, que les humains seraient ravis de récupérer, vous vous en doutez… Le seul hic, c’est que ces armes ne peuvent être actionnées que par de l’ADN alien. Autant dire que quand Wikus est accidentellement blessé par une arme qui entame en lui une mutation alien, il devient l’homme le plus recherché de la planète. Et se réfugie dans le seul endroit capable d’accueillir un tel « monstre » : le District 9 dont il se moquait allégrement précédemment.
Je n’irai pas plus loin dans le scénar, j’en ai déjà beaucoup dit, et vous laisse parcourir ce film très bien scénarisé et très surprenant, car il mélange beaucoup de genres. On commence en docu-fiction perturbant, puis la mutation du personnage principal nous fait penser à un film de monstres (je me dois d’ailleurs de signaler que le film est très dur !), une sorte d’hommage à La Mouche, puis bascule dans une lutte pour la survie avec plein d’armes hallucinantes qui explosent dans tous les sens et même des armures dignes d’Aliens. Ca va donc dans tous les sens, et on sent que le réalisateur ne s’interdit rien pour se faire plaisir et pour aller au bout de son propos. Et c’est vraiment la qualité de ce film, d’une fraîcheur dépaysante dans un cinéma de SF qui a tendance à ne plus rien oser et à s’endormir sur ses codes traditionnels.
Certains trouveront le film trop choquant, trop dur (et c’est vrai qu’il est), d’autres seront déçus par les dernières minutes où ça se bastonne dur, d’autres trouveront que le message n’est pas assez approfondi (alors que bon…), mais globalement le succès critique ne s’y est pas trompé : ce film est une véritable bombe, réussie et efficace. De plus la qualité des effets spéciaux (car représenter le quotidien des Aliens en ne les représentant pas comme des monstres mais comme des parents par exemple ne doit pas être une mince affaire) n’a pas à rougir devant les blockbusters modernes.
Puisque je publie cet article à l’heure où Elysium est encore dans les salles ou vient juste de les quitter, je ne peux finir cet article sans réévoquer (puisque je l’ai déjà fait ici) le deuxième long-métrage de Blomkamp. Je l’attendais au tournant après ce fantastique District 9 et dois avouer que je suis assez déçu. Ici justement, le scénar est trop classique et linéaire, et le film n’apporte rien de neuf à la SF. Quant à l’aspect social, il est assez facile dans Elysium avec cette utopie pour riches inaccessible aux classes populaires, déjà imaginée et traitée dans beaucoup d’œuvres (Bienvenue à Gattaca ou même Gunnm pour ne citer qu’eux !). J’espère que cela ne va pas de pair avec un casting beaucoup plus hollywoodien et une exposition beaucoup plus conséquence, car on pourrait peut-être en venir à penser que les films d’auteurs perdent de leurs qualités au contact d’Hollywood et de son marketing. Et ce serait quand même bien triste de penser cela. Hein ?
Par Robert Mudas.