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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 19:10

Sourire éternel d'une âme immaculée.

 

Un film de Michel Gondry

Etats-Unis

2004

 

Avec :

Jim Carrey : Joël Barish

Kate Winslet : Clementine Kruscynski

Mark Ruffalo : Stan

Kirsten Dunst : Mary

Elijah Wood : Patrick

 

http://blog.lib.umn.edu/meyer769/psy_1001/eternal_sunshine_of_the_spotless_mind.jpg

 

                Eternal sunshine of the spotless mind est un film très particulier pour moi. Je me souviens encore de la première fois où je l’ai vu. J’étais en classe prépa, donc pas forcément dans la meilleure période de ma vie, j’étais accompagné de camarades de prépa, et c’était une des premières fois que je profitais de Paris pour aller voir un film en version originale dans une petite salle. Je me souviens en être sorti totalement bouleversé et avoir eu l’impression d’avoir vu un chef-d’œuvre. Quand je regarde à nouveau ce film aujourd’hui, je ne retrouve pas forcément la même émotion et la même intensité, mais il n’en reste pas moins que ce film qui m’a fait découvrir Michel Gondry figure sans honte dans mon top 10 cinématographique.

 

http://lecubemagique.files.wordpress.com/2013/05/eternal-sunshine-of-the-spotless-mind.jpg

 

                Eternal sunshine of the spotless mind est un film très particulier en cela qu’il brouille les pistes et ne fait rien pour être aimé des gens. Son titre interminable et même pas traduit en français est déjà un premier point déstabilisant. A combien de personnes ce film a-t-il été conseillé sans qu’ils ne parviennent à s’en souvenir le lendemain ? Mais c’est anecdotique. Là où Gondry nous perturbe, c’est qu’il mélange et brouille tout, en nous proposant à la fois un film sérieux et profond totalement loufoque parfois, et de l’autre côté un film léger très fouillé, avec une intrigue à tiroirs qui n’est pas des plus simples. Certaines scènes sont totalement dignes de la comédie romantique, tandis que d’autres sont clairement inspirées de l’anticipation. A tel point que certains peuvent être attirés par certaines de ces caractéristiques, tout en étant rebutés par d’autres. Ceux qui sauront apprécier cette œuvre seront ceux qui seront touchés, comme moi, par chacune de ces facettes. En fait, Gondry me rappelle un de mes auteurs favoris, Boris Vian, qui alliait lui-aussi absurdité et réflexion, légèreté et profondeur, et l’adaptation récente de L’Ecume des jours par Gondry n’est pas un hasard.

 

http://image.toutlecine.com/photos/e/t/e/eternal-sunshine-of-the-spotless-mind-2004-29-g.jpg

                Parlons du casting : même là, Gondry déstabilise ! Jim Carrey en grand timide romantique, c’est déjà un choix très impressionnant. Bien sûr The Truman Show  est passé par là, bien sûr Carrey a eu l’occasion de nous montrer qu’il était plus qu’un clown comique, mais ce total contre-emploi est forcément déstabilisant. De même que le choix de Kate Winslet en fille délurée, alors que la plupart gardaient uniquement d’elle, je suppose (en tout cas c’est mon cas), l’image de Jack-je-vole. A côté de cela le premier rôle d’Elijah Wood après Frodon ou encore Kirsten Dunst. Disons-le tout de suite : ce casting, aussi osé soit-il, est impeccable, et tous sont parfaits et apportent totalement l’émotion ou la crédibilité nécessaire.

 

http://image.toutlecine.com/photos/e/t/e/eternal-sunshine-of-the-spotless-mind-2004-33-g.jpg

 

                L’intrigue, peut-être ? Un beau jour, Joel rencontre Clementine. La femme de sa vie, en théorie.  Mais avec le temps les choses dégénèrent et le couple va de dispute en fadeur. Clem décide alors d'effacer son conjoint de sa mémoire, grâce au nouveau procédé Lacuna, dernière invention d'une sorte de savant fou moderne. Elle ne reconnaît maintenant plus celui qu'elle a tant aimé puis détesté et repart à zéro. Joel se résigne à subir le même traitement, souffrant de n'être plus qu'un inconnu pour elle. Mais pendant que les souvenirs s'enfuient un à un, il contemple toute leur histoire, se remet à apprécier les moments passés ensemble, pour enfin tenter vainement de sauver quelques brides de souvenirs, de passé, tenter de garder un peu de Clem dans son esprit...

 

http://cutleblog.files.wordpress.com/2012/04/eternal-sunshine-of-the-spotless-mind-brain-damage-procedure.jpg

 

Le procédé scientifique d’effaçage de souvenirs est totalement délirant, mais comme je le disais au début, la réflexion autour de la richesse de nos souvenirs est une riche idée, et un sujet extrêmement philosophique. Devons-nous garder tous nos souvenirs même s’ils sont tristes ? Toute histoire d’amour, même malheureuse, n’est-elle pas un pas de plus dans notre expérience ? La situation de fin est excellente (une grosse suprise nous y attend ! ) et entraîne de nombreuses autres portées dont je n'ai hélas pas le droit de parler pour ne pas gâcher le plaisir de ce film merveilleux. Bof, allez, si, j’en parle ! SPOILER : la fin nous fait réfléchir sur l’idée des âmes-sœurs, car on comprend peu à peu que les deux amoureux avaient déjà été ensemble, et avaient déjà recouru à l’effaçage de mémoire. Comme un cycle interminable où les deux se rencontreraient, s’aimeraient, puis se détesteraient, pour tout recommencer. La scène où les deux personnages qui croient s’être tout juste rencontré écoutent leur « eux passés » critiquer l’autre après une vie commune est bouleversante. Sont-ils destinés à toujours être attirés par la personne qui leur fera du mal ? Peut-on commencer une relation sur de bonnes bases tout en sachant qu’elle sera sûrement vouée à l’échec puisque ça a déjà eu lieu ? Alors, ça donne le vertige, non ? Et c’est bien plus profond que ça n’en avait l’air… FIN DU SPOILER.  Jamais une œuvre n’était allée aussi loin dans l’exploration de ce sujet, et c’est grâce au mélange des genres comédie amoureuse / anticipation que Gondry peut se le permettre et le traiter de façon magique.

 

http://2.bp.blogspot.com/_vFX70h86ETg/TUrygG_LpHI/AAAAAAAAAA4/GTRxLxcNwMo/s1600/eternalsunshine.jpg

 

Parlons maintenant de l’image, et avec le talent visuel de Gondry, on serait bien mal avisés de ne pas le faire. La majeure partie du film se déroulant dans les souvenirs de Jim Carrey, la réalisation se permet d'être folle : les personnages sont propulsés dans des situations passées où tout s'effondre peu à peu, image de l'effaçage de mémoire. On a l'impression d'être dans un rêve de dingue, où rien n'est cohérent, ou tout est manipulé par une main gantée qui détruit notre âme chirugicalement... Cette main gantée, c’est bien sûr le réalisateur et tous ses procédés d’effets spéciaux très ingénieux (bonus du DVD à l’appui !). Rien que pour ces scènes de fuite dans les souvenirs, ce film est à voir. Cette inventivité folle sera la marque de fabrique de Gondry mais à mon sens c’est dans ce film qu’elle est la mieux exploitée : dans L’Ecume des jours, elle a par exemple tendance à parasiter le propos et à rendre anecdotique l’intrigue, tandis qu’ici elle sert à merveille cette histoire bien menée et superbement réalisée.

 

http://cinekatz.com/wp-content/uploads/2013/03/eternal_sunshine_of_the_spotless_mind_movie-207695.jpg

 

Par Robert Mudas.



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Published by Robert Mudas - dans Cinéma
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commentaires

Marluuna 16/10/2013 14:27

Tu m'as donnée envie de le revoir... Alors que pourtant je l'ai vu l'an dernier, pour la première fois (et oui...).
Je l'ai regardé pour Jim Carrey, qui m'avait impressionnée avec The Truman Show et je voulais le voir dans autre chose que le registre comique, à nouveau.
J'y ai trouvé plus que la performance de Carrey (qui fut très bon quoi qu'il en soit), comme tu le dis : des acteurs extras, un propos tantôt léger, tantôt émouvant et une réalisation en parfaite
adéquation.
Merci d'avoir parlé de ce film ! :)

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