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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 11:30

Huis clos dans l’infini.

 

Un film de Alfonso Cuarόn

Etats-Unis

2013

 

Avec :

Sandra Bullock : Ryan Stone

George Clooney : Matt Kowalski

 

http://d1jqu7g1y74ds1.cloudfront.net/wp-content/uploads/2013/10/2013_gravity_movie-wide.jpg


                Mon meilleur ami m’a proposé d’aller voir Gravity, que je n’avais guère envie d’aller voir à cause de son format 3D (j’en reparlerai, mais ça a tendance à me gonfler au cinéma). Après avoir lu plusieurs critiques très positives, je l’ai finalement suivi, en essayant de ne rien entendre sur le scénario du film et de ne rien voir de ses bandes-annonces car, avouons-le, le matraquage médiatique autour des grosses productions américaines a tendance à gâcher totalement le plaisir de la séance de cinéma.

                Bref. J’y suis donc allé. Et j’ai vraiment bien fait. Je ne connaissais pas Cuarόn (je sais, honte à moi !) mais ses techniques de réalisation m’ont véritablement bluffé. Le film débute sur un plan-séquence de 17 minutes qui pourrait être à lui seul une leçon de réalisation tellement il est fait avec brio et nous fait nous immerger dans la situation de chacun des personnages. La caméra tourne, virevolte, nous emmène ici et là, et nous fait tout voir alternativement, comme en apesanteur. Jamais, je crois, un film sur l’espace n’avait aussi bien allié le fond et le forme, et le tout laisse franchement bouche bée. A plusieurs reprises, le film semble vraiment un outil pédagogique pour étudiants en cinéma tant certains plans nous font réagir par leur efficacité : « tiens, une contre-plongée pour montrer combien le personnage ressort grandi de l’expérience ! », « tiens, la caméra se rapproche du personnage jusqu’à entrer dans son casque afin de passer à une narration interne ». Les sons vont d’ailleurs extrêmement bien avec  cela puisqu’à plusieurs moments de narration interne (déformation professionnelle qui me fait parler de « narration », je ne sais pas si le terme s’applique au cinéma), les sons entendus sont typiquement ceux perçus par le personnage. Je sais, c’est du déjà-fait, mais à ce niveau-là très rarement.

 

http://www.zickma.fr/wp-content/uploads/2013/09/sandra-bullock-s-gravity-set-to-kick-off-venice-film-festival.jpg

 

Chef-d’œuvre d’ambiance donc, qui nous immerge pendant 1h30 dans le vide intersidéral de l’espace et nous fait nous sentir en apesanteur. L’espace et l’apesanteur sont représentés en tout réalisme : pas d’explosion dans l’espace comme on en voit trop souvent au cinéma, tout est vraiment bien représenté, comme le feu et l’eau qui se promènent en bulles dans les stations orbitales. Le choix de faire un film presque en temps réel, avec quelques ellipses très discrètes, et surtout, dieu soit loué, merci !, aucun flashback montrant la situation des personnages sur Terre avant leur mission, rend le tout encore plus cohérent et immersif. L'ambiance qui s'en dégage est ainsi oppressante, pleine de tension et d'angoisse : l'angoisse d'être seul dans le vide. Les scènes où on se sent dans la peau du Dr Ryan Stone nous montrent des sortes de huis-clos à l'intérieur de soi-même au sein de l'immensité du vide. Et s'il y a un truc qui m'a toujours fait peur au sujet de l'infini, c'est qu'il n'a pas de fin.

Et cette 3D maintenant, il est temps d’en parler. Je dois avouer que c’est le cas le plus légitime de 3D que j’aie pu voir au cinéma jusqu’à maintenant. Je me disais que la 3D ne serait pas utile pour représenter le vide de l’espace, mais au final elle est extrêmement bien utilisée pour distinguer les différents plans et ainsi vraiment voir les objets flotter autour des personnages. Elle participe donc clairement à l’immersion du spectateur. J’ai tendance à la trouver parfois un peu artificielle quand même, trop forcée et digne d’une cinématique de jeu vidéo, comme dans le brillant plan séquence du début, mais on lui pardonne tellement les images de la Terre vue de l’espace sont magnifiques.

 

http://cdn-parismatch.ladmedia.fr/var/news/storage/images/paris-match/culture/cinema/gravity-vers-l-infini-et-au-dela-532383/4869685-1-fre-FR/Gravity-vers-l-infini-et-au-dela_article_landscape_pm_v8.jpg

 

 

Niveau scénario maintenant. Je suppose que peu de gens ont fait comme moi (ne rien savoir du film), donc vous connaissez tous l’histoire de base : une femme peu habituée à l’espace doit survivre lors d’une mission en orbite qui tourne à la catastrophe. SI j’ai dit que le film voulait être réaliste dans sa représentation de l’espace, il faut avouer que je le trouve, et c’est son plus grand défaut, totalement invraisemblable dans son intrigue. Le Dr Stone parcourt plusieurs stations, utilise plusieurs navettes pour pouvoir fuir la vague de débris, tout le matériel utilisé se détruisant forcément après son passage… C’est quand même assez peu crédible, comme cette fin que je trouve un poil ridicule quand même. Attention, je n’ai pas parlé d’incohérences car l’équipe s’est vanté d’avoir cherché à les éviter, cependant le tout est peu vraisemblable et c’est bien dommage car j’imagine là que les sirènes d’Hollywood ont demandé des péripéties et du grand spectacle. D’autant plus dommage qu’en évitant les flashbacks pour montrer le passé de Ryan, on aurait pu penser que le film voulait se distinguer des productions habituelles.

Niveau casting, rien à dire de Clooney, efficace et sympathique (mais il a le beau rôle, comme souvent). Je suis beaucoup moins fan du choix de Sandra Bullock qui, selon moi, ne rend pas son personnage attachant. Je ne l’ai trouvée si crédible, ni émouvante, ni touchante, bref, peu pertinente dans ce rôle. Je ne saurais trop développer pourquoi mais ce n’est pas une actrice que je trouve douée d’une manière générale, alors que j’aurais aimé qu’elle me prouve le contraire dans ce film ! D'autant plus que le film veut entraîner toute une réflexion sur la reconstruction de l'individu après le deuil, sur le retour aux racines et le "lâcher prise" symbolisée par ces câbles auxquels s'accrochent les astronautes, mais Bullock n'a pas selon moi le niveau pour porter à bien cette interprétation.

 

http://static3.businessinsider.com/image/524dd24c69beddad358b4567/sandra-bullock-says-filming-gravity-made-her-depressed.jpg

 

                Donc pour résumer : une perle visuelle, un très bon film à projeter et à étudier pour une classe d’étudiants en cinéma, une recherche efficace sur le réalisme dans l’espace, mais un scénar trop invraisemblable et une actrice principale peu efficace. Pas le film de l’année donc pour moi, mais un film qui doit marquer l’histoire du cinéma par son visuel et un excellent moment de cinéma, plein de tension, d’immersion et de dépaysement.

 

Par Robert Mudas.

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Published by Robert Mudas - dans Cinéma
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commentaires

Chelmi 04/11/2013 19:33

Je suis en tout point d'accord avec toi. Et quand tu dis "chef-d’œuvre d'ambiance", tu as trouvé expression parfaite pour résumer mon ressenti.
Et oui, pour UNE fois la 3D a un vrai intérêt d’immersion dans le film (alors que, bien souvent c'est le contraire, j'ai par exemple un très mauvais souvenir de Green Hornet, où les pourtant bonnes
scènes de baston étaient carrément plombées par al 3D).

Oxo 04/11/2013 15:21

Je suis d'accord avec toi. Le film est bon pour ce qu'il est: un survival dans l'espace. Bien porté par deux bons acteurs.
Sauf là fin qui est en fait un peu trop.

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