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Un film de Guillermo del Toro
Avec :
Charlie Hunnam : Raleigh Becket
Idris Elba : Stacker Pentecost
Rinko Kikuchi : Mako Mori
Ron Perlman : Hannibal Chau
2013
Del Toro s’est fait plaisir, c’est indéniable. C’était l’idée de départ de ce blockbuster estival : se faire plaisir et faire plaisir par un film qui utilise deux thèmes très connus de la mythologie geek : les monstres géants attaquant les grandes villes (type Godzilla), monstres appelés les kaijus, et les robots géants pilotés par des humains (ce qui me fait toujours penser au manga Evangelion), ici appelés les jaegers.
Voilà le film tel qu’il nous est présenté et, disons-le tout de suite, Del Toro n’ajoutera quasiment rien de nouveau ou d’original à ce pitch de départ. Des monstres attaquent régulièrement la Terre, les humains tâchent de résister comme ils peuvent, notamment avec ces robots géants donc. Voilà 2h de film résumées, du début jusqu’à la fin puisque le film commence directement par ces attaques de monstres, dans un in-medias-res assez étonnant.
Quelques bonnes idées viennent cependant développer ce scénario : la communication neuronale quasiment télépathique que les pilotes doivent avoir avec leur jaeger et avec leur partenaire en est une, le développement d’une explication autour de l’arrivée de ces monstres en est une autre. Mais beaucoup de facilités et de clichés viennent nuancer ces bonnes idées : le chef militaire trop protecteur envers un de ses meilleurs agents, la rivalité entre les meilleurs pilotes, la psychologie à deux centimes du héros qui doit faire le deuil de son frérot mort, l’histoire d’amour entre les héros, forcément, une fin totalement invraisemblable, etc. et j’en passe beaucoup.
Le film en est tellement hollywoodien et facile dans le scénario qu’on en vient à se demander si ce n’est pas assumé et volontaire, et je crois que Del Toro nous le prouve par les personnages totalement caricaturaux et ridicules des deux scientifiques. Personnellement, je n’ai pas vraiment accroché à cette source d’humour un peu trop fatigante, mais il faut avouer que l’autre source d’humour, toute la mise en scène autour du personnage pourtant totalement inutile interprété par Ron Perlman, chouchou du réalisateur, est bien plus enthousiasmante. Et on prend alors petit à petit conscience du fait que Del Toro s’amuse, que, oui, le scénario a l’air d’avoir été écrit par trois potes bourrés qui se tapaient sur les épaules en riant en fin de soirée, mais que c’est volontaire, « fait exprès » dans le but de livrer totalement ce que le pitch de départ annonçait : un blockbuster estival de robots tapant sur des monstres.
Alors, laissons-nous aller et regardons le film en débranchant notre cerveau. Et prenons une claque visuelle, disons-le franchement. Les effets spéciaux sont magnifiques et les scènes d’action d’une énergie et d’une efficacité hallucinantes. Le graphisme des monstres comme celui des robots (différent pour chaque monstre en fonction de l’animal qui l’a inspiré, différent pour chaque robot en fonction de la nation qui l’a construit) est étudié soigneusement, et on n’en attendait pas moins de Del Toro, duquel on retrouve avec plaisir l'imagerie sombre habituelle. Au final, on ne s’ennuie pas dans ces deux heures de film, malgré tout le caractère conventionnel et attendu, on voit ce qu’on est venu voir, ça fonctionne et ça divertit. Avec l’idée que quand même, Del Toro aurait pu dessoûler un peu entre l’étape scénarisation et l’étape production. Mais bon, on reprend une poignée de pop-corn, car le film est fait pour cela, on en prend plein la vue parce que c’est ce qu’on nous demande, on oublie de remarquer que Charlie Hunnam a été traumatisé par le tournage de Sons of Anarchy et ne sait visiblement plus jouer un autre personnage que Jax Teller, et on se dit qu’on se reverrait bien un de ces jours le Labyrinthe de Pan parce que ça c’était excellent.
Par Robert Mudas.