Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 13:20

Luffy, Zoro et Nami sont sur un bateau...

Un manga (shonen) de Eiichiro Oda
Edité en VF par Glénat
Série en cours, 70 tomes parus en VF.

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQRwGdNEEJnqOn8LLH-JRzhO6wesCPlq_kqTuAx64U6lYonHLvDZUkU-rWtmw

 

    On parle beaucoup de bande-dessinée franco-belge sur ce blog, parfois de comics, et très peu de manga. Il faut dire qu’à tout casser, j’ai dû lire 5 séries et demie : les Saint Seiya que j’ai collectionnés enfant après avoir vu « Les Chevaliers du Zodiaque », les Dragon Ball prêtés par un ami, les Gunnm prêtés par un autre ami, les One Piece  et Naruto trouvés en occasion lors de ma période parisienne, et les deux premiers Death Note qu’on m’avait conseillés.
    Je suis assez peu friand de mangas car j’ai un peu de mal avec leurs codes. Souvent je trouve les scènes d’action trop peu lisibles, et l’absence de couleurs me gêne cruellement. Et puis les séries interminables ont tendance à me faire peur par rapport à la qualité du scénario. Cependant les séries précédemment listées ont su m’accrocher malgré ces défauts inhérents au genre. Parmi elles, One Piece  est clairement ma préférée, d’une qualité inégalable.

 

http://www.onepiece-rpg.fr/images/fonds/fond28.jpg

 

    On pourrait s’étonner puisque j’ai dit avoir peur du caractère interminable des séries, et One Piece après ces 70 tomes est peut-être seulement à la moitié de son histoire. Mais il y a dans cette série un humour, une rigueur scénaristique et un travail sur les personnages assez hallucinant. Oui, la série s’allonge clairement, oui les arcs narratifs sont de plus en longs mais l’auteur Eiichiro Oda a un talent incroyable pour développer son univers par des détails qui prendront toute leur importance par la suite. Un des premiers ennemis importants, Arlong, fait partie de la race des hommes-poissons, dont la situation sera extrêmement développée 50 tomes plus tard ! Un personnage de cette race, Jinbei, est d’ailleurs évoqué dans les premiers tomes de la série alors qu’il n’apparaîtra que bien plus tard. Sans parler des sirènes, mentionnées tôt, rencontrées vaguement plus tard, rencontrées pour de vrai encore plus tard. De même, le Docteur Végapunk est évoqué très tôt, et on ne cesse de rencontrer des personnages ou des éléments liés à lui, sans encore l’avoir clairement vu. De même que Dragon, ou Barbe-Noire, qui sera sûrement le méchant final de la série. Oda prend son temps, c’est indéniable, mais il le prend pour aller dans les détails et expliquer son univers en profondeur, et si la série s’éternise, c’est toujours avec l’idée de la trame générale en tête. D’où ma confiance absolue en ce type capable d’être prolifique tout en gardant la main sur son intrigue.

 

http://i24.photobucket.com/albums/c23/Aneko/One%20Piece/one_piece_wallpaper07.jpg

 

    Pour comparer, je pense que le grand rival de One Piece, Naruto, souffre justement de tous ces défauts que Oda parvient à éviter. Dans Naruto, l’univers de départ est enthousiasmant, mais très vite les histoires s’éternisent pour ne mener à quasiment rien ou à de grands enjeux politiques aux multiples combats successifs interminables. Les ennemis rencontrés sont de moins en moins crédibles (le mec qui sort les os de son corps pour se battre avec ? Sérieusement ? Je ne m’en suis toujours pas remis…) et entachent totalement le monde de départ, réaliste, cohérent et intéressant. Dans One Piece, les personnages sont capables de choses de plus en plus folles aussi, mais cela était déjà présent dès le départ et surtout c’est toujours traité avec un humour totalement irrésistible. Oda réussit le défi fou d’alterner sérieux et légèreté : à certains moments, les personnages peuvent être extrêmement charismatiques, et à l’instant suivant se montrer ridicules au possible. D’ailleurs, même le plus grandiose des guerriers a toujours un défaut ridicule (Oda va s’amuser énormément avec des tics de langage ou comportementaux, comme l’incroyable naïveté de Luffy ou le manque d’orientation consternant de Zoro).

 

http://www.ec-centre-saverne.ac-strasbourg.fr/blog/images/2011/One%20Piece%20%5BT-A-J%5D.jpg


    C’est tout moi, ça : j’ai déjà commencé à cracher sur Naruto et je n’ai même pas expliqué l’intrigue générale de One Piece. Tout commence avec un personnage totalement loufoque, Luffy, jeune gamin naïf et énergique disposant du pouvoir d’être élastique grâce à un fruit du démon (tous les pouvoirs viennent de là dans ce manga, et il y en aura tellement au final que c’est un peu la foire aux monstres). Luffy a un but : devenir le Seigneur des Pirates ! Et pour cela, il doit réunir son équipage et faire le vide parmi tous les rivaux et ennemis potentiels. La description que je viens de faire ressemble à celle de n’importe quel shonen : un personnage va devoir s’améliorer en combattant des ennemis. La grande particularité de One Piece, c’est que Luffy est déterminé à progresser mais le fait avec une légèreté et une candeur délectables. Il se prendra des claques qu’il faudra surmonter, rencontrera des ennemis puissants qu’il voudra surpasser, mais dans tous les cas, il le fera avec un sourire totalement communicatif.
    Le personnage le plus « shonen » de One Piece, c’est en réalité Zoro Roronoa, chasseur de pirates et brillant épéiste devenant le lieutenant de Luffy, touché par sa détermination et sa grandeur d’âme. Lui seul, dès le début, s’inscrit dans la perspective du shonen de progression : Zoro perd un combat contre son modèle Œil-de-faucon et décide de devenir le plus grand combattant à l’épée, et suivre un pirate est le meilleur moyen de rencontrer les ennemis les plus forts grâce auxquels progresser. Oda va pousser ce code traditionnel à la parodie en montrant Zoro dans des entraînements abusivement extrêmes et dans un mécontentement de lui-même constant. En somme, Luffy va taper les méchants parce que ça l’éclate ou pour certaines valeurs morales qu’il veut défendre, et Zoro pour progresser, mais ils vont les taper côte à côte, et c’est ça qui est beau.

 

http://www.manga-news.com/public/News%202011/ao%C3%BBt/one-piece-anime-mcm-aout.jpg


    Peu à peu, chaque aventure de la première partie de l’histoire permet de rencontrer un nouveau membre de l’équipage, si bien qu’une équipe totalement hétérogène de 9 personnages bien différents réunit à la fin des personnalités dont le contraste fait rire mais dont la complicité est aussi extraordinairement touchante (qui s’est remis émotionnellement du combat Luffy/Usopp, sincèrement ?). La trame de ce début d’histoire (quand je parle de « début d’histoire », je parle donc des 50 premiers tomes hein…) a souvent été qualifiée de répétitive, car le même schéma s’y retrouve toujours à peu de choses près : les héros débarquent sur une île, sympathisent avec des gentils, tapent les méchants en combats singuliers se terminant toujours par Luffy Vs le Boss final, puis repartent avec un nouveau compagnon parmi les gentils. Cependant, le contexte de chaque île est différent, et les histoires sont souvent plus intéressantes que cela : en témoigne l’arc Alabasta, selon moi une perfection dans l’intrigue, riche et prenante. Parfois, ce seront même des membres de l’équipage qui seront remis en question : Nami dans l’arc d’Arlong Park, l’excellente Nico Robin dans l’arc Water Seven / Ennies Lobby. Non, la répétitivité n’est pas le problème ; le seul défaut que je peux trouver c’est la fin trop positive. En effet, à de rares exceptions (à vrai dire, je n’en vois qu’une…), tous les personnages qu’on avait crus morts avec courage et fierté dans les combats se relèvent une fois le dernier combat fini. C’est vraiment le seul truc que je critiquerais par rapport à la facilité scénaristique.

 

http://www.manga-news.com/public/images/series/one_piece_01.jpg

 

       Au final, l'équipage entier de 9 personnages ne sera réuni que très tard et réunira une brillante équipe qui permet à chaque lecteur de trouver ses goûts comblés. Les amateurs de personnages féminins ne pourront que craquer devant Nami, intelligente mais avare, les amateurs de personnages charismatiques (et c'est mon cas !) adoreront Sanji, le cuistot qui n'utilise jamais ses mains pour se battre, les fans de peluches craqueront forcément pour Tony Tony Chopper, etc. Sans parler du mythomane cherchant son courage, du gentleman obsédé squelette, du cyborg en slip ou de l'énigmatique Nico Robin dont je suis totalement tombé amoureux.

    9 personnages principaux, donc, et une myriade de personnages secondaires qui ont le bon goût de parfois refaire une apparition plus ou moins importante. Je crois sérieusement qu’Oda classe très clairement ses personnages sur une échelle allant du loufoque au super-sérieux et s’amuse à diverses variations sur ce niveau. L’équipage en est un bon exemple (quand on voit Franky à côté de Nico Robin par exemple…), mais ce sera la même chose chez les méchants (Crocodile pour les sérieux, Moria pour les loufoques). A vrai dire, je ne sais même pas si on peut parler de « méchants » dans One Piece, car dans ce monde de pirates, tout le monde est à la fois méchant et gentil. En réalité, chacun a ses propres intérêts, et c’est d’autant plus vrai avec l’alliance entre pirates qui vient de s’ouvrir dans les derniers tomes publiés à l’heure où j’écris ces lignes. Les ennemis de nos pirates au chapeau de paille sont principalement les soldats de la Marine, mais ceux-ci développent cependant des valeurs de justice tout-à-fait nobles. De même, l’auteur s’amuse à faire revenir parfois d’anciens ennemis en tant que nouveaux alliés (Octo, Baggy, Crocodile, ou ne serait-ce que Robin !). Cela rend le monde d’autant plus cohérent que des mini-séries présentes sur les couvertures de chaque épisode (que l’édition française réutilise, et il faut le signaler !) montrent souvent ce que deviennent d’anciens personnages. De plus, beaucoup de noms sont de claires références au monde des pirates, qu'il s'agisse de réalité ou de fiction, et ces marques de culture et d'études sur le thème ne sont pas pour me déplaire.

 

http://img1.wikia.nocookie.net/__cb20130809133005/onepiece/fr/images/3/3b/Supernovas_post_timeskip.png


    A l’arrivée, le Monde de One Piece est vertigineux. Chaque île traversée comporte sa part d’intrigues et de mystères, mais tout autour de cela tout un ensemble de territoires (North Blue, East Blue, South Blue, West Blue, Grand Line, la Route de tous les périls, le Nouveau-monde, etc.) créent un espace aussi long à parcourir que le sera la série. De plus, cet espace est régi par de grandes organisations : la Marine, bien sûr, mais aussi les Capitaines Corsaires, grands pirates à la solde du gouvernement, ou encore les 4 Empereurs du Nouveau Monde. Constamment, le manga nous propose des avancées dans la compréhension de toutes les ramifications de ce monde, amenant peu à peu au dénouement. Même s’il est vrai qu’il n’est qu’un point à l’horizon pour l’instant.

 

http://auto.img.v4.skyrock.net/0774/57180774/pics/2445515603_small_4.png

 

    Il convient de signaler qu’autour du tome 60 Oda s’est laissé aller au principe de l’ellipse, abandonnant nos héros pendant deux ans afin de les laisser s’améliorer. J’ai été assez réticent devant ce procédé que je n’aime guère (c’est quand même celui qui a flingué la qualité de Naruto !), d’autant plus quand j’ai vu les tronches de certains personnages après l’ellipse (Franky pour ne citer que lui, mais tous à part Usopp ont vraiment perdu je trouve). C’était certes indispensable pour rendre certains personnages, comme Nami, Usopp ou l’adorable Chopper à la hauteur des nouveaux ennemis à affronter ; et cela permet peu à peu de découvrir ce qui leur est arrivé ; mais je trouve que cela coupe beaucoup trop l’intrigue, d’autant plus que les arcs avec Luffy seul comme héros sont trop longs à mon avis. Difficile pour moi de me passer de Zoro ou Sanji… Cependant, avec Punk Hazard, on voit combien les intrigues ont maintenant gagné en richesse et en débouchés, donc j’ai hâte de voir où cela va mener.
    J’ai beaucoup parlé du scénario, et très peu du dessin, que j’aime beaucoup pourtant. Oda sait donner la classe à ses personnages, et surtout sait se montrer d’une inventivité folle. Il n’y a qu’à lire l’arc de Thriller Bark pour comprendre combien il est capable de s’amuser à créer des personnages improbables. J’ai cependant eu l’impression, suite à ma déception par rapport à l’ellipse, que les dessins répétaient assez souvent le même type de personnages. Je trouve en effet que le périple sur l’île des Hommes-Poissons ne propose pas la richesse graphique des premiers hommes-poissons rencontrés à Arlong Park. Mais peut-être est-ce seulement mon œil de vieux con habitué à la BD franco-belge devant un trait qui se mangaïse de plus en plus (comparez le tome 1 au tome 61, c’est assez dingue de voir combien les planches sont plus chargées et moins fluides, caractéristiques du dessin manga selon moi…). Mais bon, comme je le disais, le dessin est très bon dans le genre, surtout pour faire passer l’émotion ou le rire, et correspond totalement au ton, et je conseille à tous ceux que le dessin a rebuté de donner une deuxième chance à cette série !

 

http://www.mes-coloriages-preferes.net/Images/Large/Personnages-celebres-Mangas-One-Piece-55201.png


    Difficile de parler d’un manga sans évoquer son anime. J’avoue ne regarder aucun manga en anime, les trouvant toujours beaucoup trop lents et chronophages. J’ai cependant craqué pour One Piece qui est la seule exception à mon dégoût. Bien sûr c’est très long aussi (plus de 630 épisodes déjà parus…) mais c’est très bien mené, très fidèle aux livres et à leur esprit, et cela rend certains personnages que je n’aimais pourtant pas dans la série (Chopper et Brook par exemple) finalement très attachants. Les inévitables fillers rendent les arcs inégaux mais il faut noter l’effort pour rendre même ces histoires de remplissage plutôt intéressantes (je pense par exemple à l’arc G8).

 

http://www.marine-ford.fr/ddl/OPW.jpg

 

    L’article devenant beaucoup trop long, je ferai un petit topo sur les arcs narratifs de ce manga dans un deuxième article ! Cependant, ma conscience pas professionnelle m'oblige à préciser que Glénat a eu l'idée plus ou moins bonne de rééditer la série avec les noms originaux et non-plus francisés. L'idée est bonne car elle rend hommage à l'oeuvre originale et permet aux fans de l'anime de reconnaître Usopp derrière Pipo. Cependant, elle est aussi assez énervante pour les collectionneurs comme moi, qui aiment avoir tous les tomes dans le même graphisme ou même pour les lecteurs que ces modifications en plein milieu de la série pourraient perdre.


    Par Robert Mudas.

Partager cet article

Repost 0
Published by Robert Mudas - dans Bande dessinée
commenter cet article

commentaires

Contact

Participations, encouragements, insultes...
ludiculture@yahoo.fr

Rechercher