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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 13:07


Le grand tout des petits riens


Scénario et dessin de Manu Larcenet
Editions Dargaud
Série achevée en 4 tomes
2003 - 2008

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  Angoulème 2004 : le prix du meilleur album est attribué au Combat ordinaire de Larcenet. Ce coup de coeur officiel fait écho au coup de coeur de nombreux lecteurs, attendris et touchés par cette oeuvre hors du commun. Hors du commun car tellement proche du quotidien...
  Marco est un jeune photographe fraîchement installé à la campagne. Son affaire marchait bien tant qu'il acceptait de livrer des clichés de victimes de guerre, mais il est aujourd'hui écoeuré d'affronter ces horreurs. Fatigué. Blasé, il caresse son chat en n'osant pas bouger pour aller rendre visite à ses parents. Voilà pour la situation initiale. Difficile de parler du scénario : cette BD n'est pas bâtie sur une trame linéaire, elle explore différentes histoires qui touchent à Marco, différents personnages. Toute une vie, tout un quotidien. Et Larcenet est un génie pour l'avoir compris : l'ordinaire est un terrain d'inspiration on ne peut plus fertile, complexe et riche. Et Larcenet est un double-génie pour avoir su dépeindre cet ordinaire.
  Son trait, très spécifique, colle à merveille à l'histoire. Trait simple - histoire simple ; rien de bien choquant. Mais là où Larcenet est le plus crédible et le plus touchant dans son tableau du quotidien, c'est dans ses silences... De nombreuses cases sans dialogue, avec des personnages figés. Des cases sans dialogue qui contiennent à elles-seules plus d'émotion que des mots. L'idée est excellente, et permet à l'auteur d'implanter humour et émotion par le même procédé.
  "Humour, émotion"... Si le mot "la vie" nous vient en tête pour décrire cette BD, "humour et émotion" viennent le décliner. On se prend sincèrement à rire des délires entre Marco et son frère ; comme on retient difficilement ses larmes aux moments difficiles. Ses crises d'angoisse sont très bien retranscrites et nous plongent vraiment dans un certain malaise ; ses monologues sur fond de photos sont une excellente mise en forme de l'introspection ; les dialogues sonnent très vrais, etc.
  La perfection ? Peut-être oui. Non contente de représenter avec talent la vie, cette BD SE VIT.
  Le personnage principal, avec ses angoisses, ses colères, ses idéaux manichéens qui en prennent un coup, ses craintes, ses plaisirs, ses passions, ses amours, est tellement touchant que si l'on y devine de prime abord l'autobiographie de l'auteur, on y voit bientôt notre propre autobiographie. Et ça, c'est tout bonnement énorme : une BD qui nous tend un miroir...

Tome 1 : Le combat ordinaire
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  On rencontre avec plaisir l'adorable (et pourtant non dénué de défauts) Marco, ses angoisses, sa vie, son chat, sa famille. Ce premier tome nous montre comment raconter des scènes de vies et en extraire la simplicité, l'émotion, et l'humour qui en font vite une oeuvre d'art particulière.

Tome 2 : Les quantités négligeables
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  Marco réalise une exposition de photographies sur les portraits du chantier naval. L'occasion pour lui de renouer avec ses anciennes connaissances et de voir comment leur vie a évolué. L'occasion aussi, pendant l'expo partagée avec un grand photographe qu'il idolâtre, de prendre conscience que les gens ne sont pas toujours ce qu'ils en laissent paraître à travers leurs oeuvres.
L'album finit sur un cliffhanger bouleversant.

Tome 3 : Ce qui est précieux
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  Marco doit faire un deuil douloureux et en profite pour analyser à l'ombre de sa dépression son rapport à la famille. Un tome plutôt sombre sans jamais basculer dans le mélodrame. Une très jolie continuation de série.

Tome 4 : Planter des clous
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  Larcenet crée la surprise avec ce tome conclusion un peu différent des précédents opus. Une longue ellipse nous empêche d'assister à ce que la fin du tome 3 amenait directement, et, pire !, les angoisses du jeune homme semblent révolues.
  C'est donc un Marco guéri que nous prenons plaisir à retrouver ici, un Marco qui pourrait rebasculer dans la dépression à tout moment, mais qui lutte, même quand le climat politique et social devient franchement flippant.
  Un album totalement épilogue, une jolie conclusion, peut-être un poil trop politique, peut-être trop attendue en fait, mais toujours aussi bien écrite.

 

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Published by Robert Mudas - dans Bande dessinée
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commentaires

zando 27/04/2008 23:45

Quand je pense que je ne l'ai pas encore lu !

C'est bizarre, autant parce qu'en ce moment j'ai du réduire presque à zéro le budget bd, mais j'ai presque peur d'être déçu, clôturer une si bonne série, qui m'a tant ému...
Enfin je peux pas passer à côté quand même, donc pour bientôt.


(encore une fois très bonne critique de ta part, ça m'a presque donné envie de partir chez mon libraire directe ^^)

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